Les fondateurs d’In Situ ! n’ont pas la grosse tête, voyons.

In Situ ! publie son sep­tième numéro, tan­dis que tombent les pre­mières et abon­dantes neiges du long hiver qué­bé­cois. La revue, qui se veut « d’arts et lit­té­ra­tures », s’englue chaque tri­mestre davan­tage dans le foutre. Si je devine l’art, ou ce qu’ils appellent ainsi (car ils sont de ces artistes contem­po­rains qui voient de l’art et du génie par­tout, jusque dans les éruc­ta­tions des ivrognes et dans les slips macu­lés de pisse du moindre bou­gnat), je ne vois pas, ou plus, la Lit­té­ra­ture, naguère encore célé­brée, avec toutes les majus­cules requises par la majesté. Et là, me vient comme un doute : auraient-​​ils par hasard com­pris que la lit­té­ra­ture était une amante exi­geante, trop exi­geante pour jouir sous les épilep­tiques assauts de bardes sous-​​équipés ? Non, sans doute, et le tri­mestre pro­chain nous aurons droit à de nou­velles et ember­li­fi­co­tées louanges des mêmes vieilles barbes que toujours, Sa Majesté Ph. S. en tête, et des textes à peu près aussi jau­nâtres et odo­rants que s’ils résul­taient de la patiente per­co­la­tion de tous les slips por­tés par Ph. S. depuis que sa pros­tate fuit.

Au som­maire :

Arrowun édito hila­rant de pré­ten­tion où nous appre­nons (avec une feinte stu­peur) que la revue In Situ ! « … se révèle être une œuvre d’art contem­po­raine ! » Mazette !

Arrowun fichier audio recy­clé : Raphaël Denys inter­viewé par la RTBF en 2005 à l’occasion de la sor­tie de son livre Le tes­ta­ment d’Artaud. Je ne décon­seille pas for­cé­ment l’écoute de ce docu­ment que, pour ma part, je connais­sais. Rien de neuf, donc. Rien d’urgent non plus.

Arrowun texte de Jean-​​Yves Clé­ment sur Cho­pin dont on se demande, le pauvre, ce qu’il vient faire dans cette galère et en si bouf­fonne compagnie.

Arrowun mon­tage vidéo de 18 minutes de Raphaël Denys en hom­mage à Zoë Lund. J’y revien­drai (#).

Arrowun fichier audio de 9 minutes de Kath­leen Lor avec des arran­ge­ments sonores d’Olivier Pé. Fichier inau­dible pour moi, car il néces­site l’installation de Quick Time, et je pré­fère attra­per le can­cer que d’installer cette salo­pe­rie de Quick Time dont tout bon inter­naute connait les nui­sances (il s’incruste par­tout). Dom­mage, parce que le titre (Expi­ra­tions) augu­rait une tranche de bon rire…

Arrowune pièce musi­cale (voix et vio­lon) impro­vi­sée (9 minutes) de David Laurens-​​Atria : « Cette pièce décrit pré­ci­sé­ment le pas­sage vers cet angle de ma psy­ché où je me suis aven­turé, nuit de brouillard, sans bous­sole, sans prise avec le réel, quelques heures aupa­ra­vant. » Et, nous confie, can­dide, l’incorrigible mys­tique : « Une jour­née de jeûne a pré­cédé cette mati­née d’enregistrement. » Ce conseil ensuite : « Je recom­mande une écoute au casque, pour accroitre le sen­ti­ment de proxi­mité. » Désolé, mon cher David, mais le can­di­dat audi­teur se passe volon­tiers de conseils sur la façon d’écouter ceci ou cela. Même Sol­lers n’écrit nulle part qu’il recom­mande de lire ses livres au soleil, cou­ché dans un hamac, la main dans le slip. Et puis pour entendre quoi ? Ton expé­rience « sans prise avec le réel » ne me dit rien de bon qui vaille. Tu as fait l’expérience du coma éthy­lique et tu l’as mise en musique et en voix, c’est ça ? D’où le jeûne préa­lable, pour te remettre ? Je ne suis pas sûr d’avoir très envie d’entendre une suite de bor­bo­rygmes et de reflux gas­triques, avec ou sans les enjo­li­vures du vio­lon. Et puis, tu le sais, s’agissant de l’humaine race, je pré­fère la grande dis­tance à la courte proximité.

Arrowun bavar­dage audio de 12 minutes consa­cré à Nadja et signé Nun­zio d’Annibale. Ma foi, pourquoi pas ? Il n’y a pas d’âge pour décou­vrir Breton.

Arrowune vidéo de 17 minutes inti­tu­lée Inter­fé­rence, du duo pas du tout comique Fré­dé­ric Dar­ras /​ Oli­vier Pé. J’y revien­drai (#).


 

Zoë Lund, vies paral­lèles (par R. Denys) (#)

Raphaël Denys pro­pose donc un mon­tage vidéo en hom­mage à Zoë Lund (et non Zoé Lünd comme il l’écrit), dont le site nous apprend qu’elle fut musi­cienne, acti­viste poli­tique, actrice, modèle, écri­vain, femme et jun­kie. Née à New York, elle est morte à Paris en 1999, à 37 ans, d’une over­dose. Elle est sur­tout connue pour son rôle de… jun­kie dans Bad lieu­te­nant, d’Abel Fer­rara (1992), film co-​​écrit par Zoë Lund. Dans sa brève intro­duc­tion, Raphaël Denys joue de ses claquettes habi­tuelles : hâble­rie, per­sif­flage, insi­nua­tion. «… per­sonne ou presque n’a retenu son nom ; le tri­bu­nal du temps hésite à lui accor­der une place (mais où ça ? au pan­théon ? soyons sérieux), quant à l’époque, on la sait prompte à relé­guer la contes­ta­tion aux oubliettes sur­tout si elle s’avise de prendre la forme non pas seule­ment d’une parole mais d’une vie toute entière. Com­ment donc lui rendre “jus­tice” ? »  — écrit ce mata­more dont vous pou­vez être sûr qu’il ne connait que depuis peu l’existence de la dame. Tech­nique éprou­vée : je connais Untel, depuis hier soir, et je vous en parle en vieux connais­seur, et sur­tout je méprise ceux qui ne le connaisse pas.

C’est faux que « per­sonne ou presque n’a retenu son nom ». Un bref son­dage via Google prouve que la belle Zoë est plus connue et appré­ciée que ne vou­drait nous faire croire son nou­vel afi­cio­nado. Et, évidem­ment, per­sonne ne songe à relé­guer cette femme aux oubliettes sous le pré­texte de trop grande extra­va­gance et de contes­ta­tion. « L’époque » (qui, au final, se cache der­rière ce masque sombre et gri­maçant ? Sar­kozy ? Les Sio­nistes ?), me semble-​​t-​​il, est plu­tôt prompte à consa­crer les rebelles et les irré­gu­liers. Elle les adore même. M. Denys feint de croire qu’il existe encore des bour­geois comme au temps de Flau­bert, choqués d’un rien, capables des pires répres­sions pour muse­ler les artistes, stig­ma­ti­ser les femmes adul­tères et mettre les cancres au ban de la bonne société. « L’époque », votre pire ennemi, à vous qui êtes bien plus fon­da­men­ta­le­ment pas­séiste que je ne le suis, les adule et les pro­meut, les non-​​conformistes. Ce n’est pas à vous, affidé de Debord, que je dois apprendre ça. Vous savez aussi bien que moi que dans un monde où la folie, la cruauté et l’indifférence sont la norme, c’est le sage, le doux et l’altruiste qui font désor­mais figures de fous, de contes­ta­taires, bien qu’ils se gardent en géné­ral de reven­diquer quoi que ce soit. Un jeune homme qui, à notre époque, décide d’entrer au monas­tère, est bien plus radi­cal et violent dans sa démarche que n’importe quel abruti qui se croit et se reven­dique rebelle parce qu’il se drogue ou peint la Vierge Marie sous les traits d’une pute de bas-​​quartier, ou Jésus en croqueur de petits garçons. Et pourquoi ça ? Parce que rien, dans la société moderne vouée au maté­ria­lisme, au consu­mé­risme, au plai­sir jusqu’à l’écœurement, n’induit à renon­cer au monde, à ses jouis­sances réelles ou fac­tices, à soi, pour consa­crer modes­te­ment sa vie à Dieu. Le can­di­dat moderne à l’ascèse va à l’encontre des valeurs de son époque, il tourne réso­lu­ment et radi­ca­le­ment le dos à son temps, quand le rebelle à seringue et l’écrivain adepte du dis­cours glos­so­la­lique se contentent de le nar­guer. D’un côté l’authenticité, de l’autre la pos­ture. Vous-​​même et vos potes serez grands et libres le jour où vous ces­se­rez d’être obsé­dés par ce que vous appe­lez « l’ordre établi ». L’ordre établi est un fan­tasme de rebelle, de chien errant. Les lignes et les valeurs bougent sans cesse. Les homo­sexuels hier étaient stig­ma­ti­sés : ils sont déi­fiés désor­mais. Hier encore il fal­lait savoir s’exprimer pour avoir droit à la parole : il vaut mieux aujourd’hui bafouiller pour voir les micros se tendre et les éditeurs mettre sous votre nez un contrat (vous ne le savez que trop bien !). La seule vue d’une sou­tane fai­sait hier sor­tir de leurs gonds les « libé­raux » : la même sou­tane aujourd’hui, pourvu qu’elle tienne des pro­pos un peu sédi­tieux et salaces, est accueillie fra­ter­nel­le­ment dans les milieux avan­cés et se voit ouvrir grand les colonnes des jour­naux qui la veille encore cru­ci­fiaient le pape. Qui fait scan­dale aujourd’hui ? Pas Costes qui se macule de caca sur scène sous les applau­dis­se­ments des bobos en goguette et en quête de sen­sa­tions fortes et odo­rantes, mais l’évêque (je pense à Mgr Léo­nard, évêque du dio­cèse de Namur) qui ose faire encore son banal bou­lot d’évêque en condam­nant cer­taines dérives de nos socié­tés, inutile de vous rap­pe­ler lesquelles. Choquaient hier les ico­no­clastes, les immo­ra­listes, les liber­tins et tout ce qui sen­tait vague­ment le soufre, le sperme et le foi­ron ; aujourd’hui ce sont les conser­va­teurs qui choquent, les hon­nêtes gens, les abs­ti­nents, les chastes, les décents, les sobres, tous ceux qui, pour être et vivre, n’ont pas besoin d’artifices, de s’éclater, de jouir à jet continu, de copu­ler à tout va, à toute heure et sans dis­tinc­tion de sexe, de cra­cher dans les ciboires, dans la soupe des pauvres et dans le caviar des riches, etc. Vous n’êtes pas plus vivant que moi ni plus admi­rable parce que Rem­brandt vous pro­cure de fortes érec­tions. Disons que moi, je bande plus volon­tiers pour de la chair vivante, des êtres et non de la matière intel­lec­tuelle ou artis­tique. Vivre, pour vous, c’est gigo­ter, dans les nuées de pré­fé­rence. Grand bien vous fasse et gigo­tez donc tout votre soul, puisque vous n’êtes qu’à cette condi­tion. Vous êtes un ludion, voilà tout.

Connue donc, Zoë Lund, mais pas tant que ça tout de même, et pour cause ! Elle écri­vait, mais aucun de ses écrits n’a trouvé d’éditeurs jusqu’à pré­sent, et ce n’est donc pas eux qui risquent fort de mettre le nom de Zoë Lund dans toutes les bouches. Vous-​​même, d’ailleurs, com­ment la connaissez-​​vous ? Et qu’a-t-elle fait de si gran­diose lit­té­rai­re­ment pour que vous jugiez utile de lui « rendre jus­tice » par un hom­mage vidéo et de sug­gé­rer le Pan­théon pour le repos de son âme et sa gloire éter­nelle ? Ses textes sont par­tiel­le­ment dis­po­nibles sur son site, mais vous ne lisez pas l’anglais, à mon contraire. Je ne lis rien là-​​dedans de très exci­tant. Elle fait l’apologie de l’héroïne en des termes dignes du Vel­vet Under­ground en 1967 (elle se réfère d’ailleurs à Lou Reed) : « It gives you peace, but a peace that reveals the absur­dity of the ear­nest­ness of being unim­por­tant that is going on around you. It gives you a kind of joy that is actually a reve­la­tion of the irony that has always been there. » Texte de 1987… Douze ans plus tard, pour l’ironie de la chose, elle en cre­vait, de son poi­son magique. Et cette couillon­nade, juste après : « If a jun­kie does not do any­thing about the hideous things he sees around him, it is because it is all too rot­ten. » Vous liriez de telles inep­ties sous la plume mor­ti­fère d’un quel­conque jun­kie lié­geois que vous glous­se­riez : « C’est tel­le­ment d’époque ! Bêtise ! Pul­sion de mort ! Nihi­lisme ! Spec­tacle ! ». La vie de Zoë Lund n’a été qu’un sui­cide per­ma­nent, une quête non de la paix, ni de la joie, mais de la mort, du néant — et je m’étonne fran­che­ment que vous, qui nous gon­flez assez avec vos impé­ra­tifs de vie et de jouis­sance, vous por­tiez au pinacle cette créa­ture que la pul­sion de mort seule exal­tait. Si Zoë Lund est, dirons-​​nous, mécon­nue, c’est en rai­son même de ses propres choix artis­tiques, de ses incli­na­tions, et non en vertu d’une quel­conque cen­sure votée en secret par un ima­gi­naire Tri­bu­nal du Temps, d’une conspi­ra­tion de l’Époque contre une pseudo-​​rebelle underground.

La vidéo en hom­mage à Zoë Lund conçue par Raphaël Denys pré­sente peu d’intérêt sur le plan artis­tique. On en trouve de sem­blables, par mil­liers, sur You­tube. L’hommage se résume à une suc­ces­sion d’images vio­lentes et glauques, dont la majeure par­tie pro­vient de films (cré­dits en fin de vidéo). Comme je n’ai vu aucun des films en ques­tion, dif­fi­cile pour moi de faire la part entre les extraits et le reste. Ambiance : scènes de morgue, gros plans sur une injec­tion d’héroïne, ligne de coke snif­fée, spec­tacle érotique, défilé de membres du Ku Klux Klan, Sta­tue de la Liberté, Mar­tin Luther King, Ronald Rea­gan. On recon­nait au vol David Bowie, Nina Hagen, Ian Cur­tis lors d’un concert de Joy Divi­sion, la gui­tare de Neil Young dans un extrait de la bande-​​son de Dead Man de Jim Jar­musch. Au final, je ne vois pas en quoi ce mon­tage plus ou moins propre « rend jus­tice » à Zoë Lund. Il aurait plu­tôt ten­dance, selon moi, à confi­ner Zoë Lund dans son ghetto de jun­kie. Peut-​​être Raphaël Denys considère-​​t-​​il que la simple et régu­lière absorp­tion de stu­pé­fiants est en soi une preuve de génie, et alors je com­mence à com­prendre son fort pen­chant pour l’alcool.


 

Inter­fé­rence (par Fré­dé­ric Dar­ras & Oli­vier Pé) (#)

Fré­dé­ric Dar­ras est un sym­pa­thique garçon abso­lu­ment féru de cinéma et tota­le­ment fas­ciné par David Lynch. En 2004, à Liège, à L’An Vert (et en ma fort béné­vole, très auguste pré­sence), il pré­sen­tait son pre­mier et unique long-​​métrage : Alice démise de sa chair. Oli­vier Pé nous avait pré­senté le film comme un pur chef-d’œuvre, et je n’en croyais pour ma part rien du tout. Je n’attendais rien de ce film. Son titre pas­sa­ble­ment ridi­cule me fai­sait tou­te­fois craindre le pire, soit un ennui bla­fard. La vérité, c’est que tout le long du film, je me suis retenu de rire, tant c’était à la fois raide, sérieux, pré­ten­tieux, mal­adroit. Les réfé­rences à l’univers de Lynch ne manquaient point, elles sur­abon­daient plu­tôt. Ce n’était pas l’œuvre d’un cinéaste sim­ple­ment ins­piré par son maitre et qui en aurait retenu le meilleur, mais celle d’un fana­tique fervent qui se serait arrêté aux plus gros effets du patron. Oli­vier Pé voyait en ce film un chef-d’œuvre par ami­tié pour son auteur et parce que son ex-​​copine jouait dedans. Raphaël Denys, toujours un peu lâche dans ce type de cir­cons­tances, s’est sauvé juste après le film (avec moi et un troi­sième lar­ron) en glis­sant à l’auteur : « Très bien, bravo ! » — pour, aus­si­tôt dehors, dégoi­ser tant et plus sur cet invo­lon­taire chef-d’œuvre de la pré­ten­tion cocasse.

Inter­fé­rence, disions-​​nous. Un titre vague, informe, cepen­dant ron­flant, propre à impres­sion­ner le cha­land. Long en bouche, mys­té­rieux. Tout à fait le genre de titre qu’on peut don­ner à n’importe quoi et jus­ti­fier plus ou moins : « Inter­fé­rence parce que, tu vois, là, y a une inter­fé­rence qui, et ça donne à pen­ser ! ». Déco­rez d’une cra­vate rouge un buste de Vol­taire, appe­lez ça Inter­fé­rence et vous êtes sûr de pas­ser pour un fac­tieux. Sur une tablette, à côté d’un mar­teau, dis­po­sez trois cor­ni­chons et le cadavre momi­fié d’une gre­nouille : appe­lez votre ins­tal­la­tion Inter­fé­rence et vous fas­ci­ne­rez plus d’une étudiante en arts plas­tiques, et si la chance est avec vous, un bour­geois du temps jadis quit­tera l’exposition en hur­lant au scan­dale, ce qui établira votre répu­ta­tion d’artiste sulfureux.

Inter­fé­rence ne raconte rien : c’est une prise de tête per­ma­nente et ce sont des images d’une inep­tie à peu près totale. Ne vous fiez pas à mon juge­ment tou­te­fois : il y a for­cé­ment là der­rière un mes­sage phi­lo­so­phique sub­li­mi­nal, un désha­billage radi­cal et sans com­pro­mis de la société contem­po­raine, de l’Amérique sans doute, de Sar­kozy, du chris­tia­nisme et de tout ce que vous vou­drez dans le genre. C’est une œuvre forte, un pam­phlet, un mani­feste, une révo­lu­tion ! Ce n’est en tout cas pas du cinéma, ni du chiqué.

Fré­dé­ric Dar­ras, en dis­ciple rigou­reux de Lynch, adore évidem­ment les plans fixes (diurnes et cré­pus­cu­laires) en contre-​​plongée sur des ciels où défilent en accé­léré des nuages. Toujours un bout de quelque chose se dresse contre le ciel pour marquer la fixité du plan et, par contraste, la fuite du reste. Tan­tôt c’est le som­met d’un buil­ding, tan­tôt le socle pivo­tant d’une grue, tan­tôt un pylône. La « musique » qui ponc­tue par inter­mit­tence ce fatras d’images est évidem­ment contem­po­raine, donc mini­ma­liste, sou­daine, rare, inquié­tante et volon­tiers stri­dente. Le pro­logue se conclut sur les images démul­ti­pliées d’un pied de micro dans un halo lumi­neux. Si l’image vou­lait bien se fixer, on s’attendrait à voir sur­gir Brel et sa gui­tare un soir d’Olympia, et à entendre l’accordéon inau­gu­ral d’Amster­dam. Manque la chaise pour le pied du chan­teur. De toute façon Brel n’arrive pas et ce n’est pas le sujet.

Nous sommes invi­tés ensuite à prendre le bus. Légère contre-​​plongée sur un pay­sage urbain défi­lant à tra­vers les portes d’un bus en marche : les flancs d’une cathé­drale que longe le bus, puis des façades en une sinistre inhar­mo­nie, des frag­ments de ciel. Le mes­sage à rete­nir, obsé­dant, semble être imprimé sur les vitres du bus : « Issue de secours ». La ban­lieue bien­tôt, quelques arbres, et la trom­pette d’Olivier Pé souffle deux notes en couac majeur. La révo­lu­tion, cama­rades, est en marche !

La der­nière par­tie du film est la plus décou­sue. Plon­gée cette fois, depuis une fenêtre ou un quel­conque point, sur un toit plat bitumé où appa­rait sou­dain, en accé­léré, et dis­pa­rait sou­dain, en accé­léré, un per­son­nage qui briè­ve­ment se fige en des pos­tures gro­tesques, sans qu’on sache ce que cela veut dire, si ça veut dire quelque chose. Cent visages humains défilent ensuite, façon kalach­ni­kov. Brève vision d’un tran­sat déglin­gué dans un décor cras­seux de turne à l’abandon. Une image rapide avec comme du sang au sol et la vue d’une hache pas même ensan­glan­tée. Cara­vanes, cha­lets, arbres, voix fémi­nines réci­tant Dieu sait quoi (du Bour­dieu ? du Debord ?), sur une bande dif­fu­sée à l’envers, pour un effet « Babel » imparable.

That’s all folks ! 

 

Tags de cet article : , , , , ,