« If I had a gun… » said the clown.Le lundi 16 février vers 16 h 10, sur Radio-​​Canada, il s’est passé quelque chose de pro­pre­ment ahu­ris­sant. Je n’en sau­rais d’ailleurs rien sans ma femme qui, ce jour-​​là, dans la voi­ture, s’en reve­nant du bou­lot, écou­tait Monique Giroux sur Espace Musique (l’une des chaines de Radio-​​Canada), dont l’émission est dif­fu­sée chaque jour de la semaine, de 16 h à 17 h 30, en direct et en public.

Quelque chose, oui, de très ahu­ris­sant. Mais ce n’est que ce mer­credi soir que j’ai appris la chose, inci­dem­ment. Je n’en suis pas encore revenu. Ma femme regar­dait le jour­nal de 20 h de France 2 sur TV 5. Sar­kozy par­lait aux Français. Elle me dit que sa bouche est bien bizarre, qu’on dirait qu’il s’est fait injec­ter du Botox. « C’est bien pos­sible », fais-​​je. Puis, regar­dant s’agiter le per­son­nage, ma femme dit : « Une véri­table cari­ca­ture, ce bonhomme-​​là. » Comme Sar­kozy, à l’instar du pape, est mon copain, je ne bronche pas. Ma femme dit alors, à brule-​​pourpoint : « Et tu sais pas quoi ? » Elle coupe le son et la chique à Sarko pour me répé­ter ce qu’elle a donc entendu l’avant-veille à la radio. Cela me parait tel­le­ment invrai­sem­blable que je veux entendre ça tout de suite. Espace Musique, fort heu­reu­se­ment, redif­fuse à la demande ses émis­sions, si bien que vingt minutes plus tard, moi aussi j’avais entendu la chose, la ter­rible chose.

Ce jour-​​là, donc, Monique Giroux rece­vait, entre autres, quelque chose comme un humo­riste français de grand renom… et de grand âge (75 ans aux fraises), donc de grande sagesse sup­po­sée. Guy Bedos, puisque tel est le nom de ce triste cabo­tin, ne sau­rait être sage, vu qu’il n’a jamais été fou, ni drôle même un seul ins­tant, de toute sa longue, ennuyeuse et bavarde car­rière. Bedos est de ces artistes for­te­ment enga­gés sur le plan poli­tique, qui mettent de la poli­tique par­tout, dans tout, comme d’autres du sel, du fro­mage ou de la mayon­naise. Ils sont de gauche évidem­ment, du bon côté, du côté du Bien, du Bon, du Juste, de la Fra­ter­nité, de la Fête, etc., et ils hon­nissent toute valeur de droite, comme l’Ordre, l’Ennui, la Répres­sion, la Tris­tesse, la Pédo­phi­lie, la Haine, le Cynisme et autres pen­dables joyeu­se­tés. Pour eux, Sar­kozy au pou­voir, c’est pire que pour nous, gens de droite (flics, banquiers, curés, vio­leurs, exploi­teurs, juifs, etc.), l’idée d’un trium­vi­rat malé­fique com­posé de Sta­line, Pol Pot et Kim Il-​​sung. D’ailleurs, à peine Sar­kozy élu, ils se sont dépê­chés, comme pro­mis, de quit­ter la France, où depuis mai 2007 le Fas­cisme règne, et la Ter­reur et l’Arbitraire. Ils ? Citons Yan­nick Noah, réfu­gié en Soma­lie, et Lilian Thu­ram, parti, lui, mettre son or et ses bras mus­cu­leux au ser­vice de la noble cause tchétchéno-​​zapatiste. Et citons Guy Bedos, réfu­gié au Qué­bec, où il pro­digue ses sages pré­ceptes à une popu­la­tion de cul-​​terreux hébétés.

Venons-​​en à l’objet de ce billet. Humo­riste ou pré­tendu tel, Guy Bedos a bien évidem­ment le droit d’apprécier peu Sar­kozy, peu importe ses rai­sons de le détes­ter. Une cri­tique bien tor­chée, même si j’en suis le sujet, est sus­cep­tible de me voir applau­dir son auteur. Hélas ! il ne s’agissait point de cri­tique ce lundi 16 février sur Radio-​​Canada. Il s’agissait d’une chose bien plus grave, qui, dite en France, eût valu à son auteur de très sérieux ennuis. D’ailleurs, Bedos le recon­nait lui-​​même dans l’émission, nul ne l’aurait laissé dire une chose pareille à la radio. Il n’aurait pas osé non plus dire cela en France, ce qui dénote, outre une témé­rité fan­tas­tique, un cou­rage exemplaire.

Guy Bedos a ni plus ni moins appelé au meurtre de Nico­las Sar­kozy. Même le pour­tant fort sinistre M’Bala n’a jamais osé aller si loin.

J’exagère ? J’affabule ? Je vou­drais bien. Je ne puis.

S’agit-il d’humour ? Aucunement.

L’émission com­mence : pré­sen­ta­tion des invi­tés, du bla­bla, de la musique, puis Monique Giroux demande à son prin­ci­pal invité s’il va bien. Et c’est parti pour un quart d’heure de bedos­se­ries qui font glous­ser trois demeu­rés dans le public, pas un de plus. Il est ques­tion de Barack Obama, à pro­pos duquel Bedos essaie, sans trop y par­ve­nir, mal ins­piré, de dire quelque chose de drôle. Il y arrive enfin : « Je le pré­fère presque à Sar­kozy. » Il ajoute illico : « Non, c’est une blague. » Et ça dérape sec dans la fou­lée : « Je déteste Sar­kozy. Je vais deman­der la natio­na­lité qué­bé­coise. Tant qu’il est là, tant que quelqu’un ne se dévoue pas pour le tuer, je reste ici. »

Ima­gi­nez ma stu­peur ! Je réécoute, ques­tionne ma femme (qui ne connait pas Bedos et se fiche bien de Sar­kozy) : je ne perçois rien qui puisse pas­ser pour de l’humour même grinçant. Ma femme non plus, qui sait rire pour­tant, et de choses dou­lou­reuses. Bedos avait-​​il bu ou/​et fumé ? Se croit-​​il hors d’atteinte (son âge, sa renom­mée, la dis­tance) ? Croit-​​il, ce nasique poli­tique­ment obsédé, que les Qué­bé­cois (de souche ou d’adoption) sont cons au point de tolé­rer qu’on appelle sur les ondes au meurtre d’un homme poli­tique démo­cra­tique­ment élu, même s’il s’appelle Sar­kozy (autant dire un chien, vu les coups de bâtons qu’il se prend) ?

Ima­gi­nez ceci : Ségo­lène Royal, le 6 mai 2007, est élue pré­si­dente de la Répu­blique française. Le 16 février 2009, un gugusse de droite, un char­lot pathé­tique dans le genre Bigard, ou son modèle cus­to­misé, Éric Zem­mour, par exemple (je blague, Éric : je t’adore), déclare sur Radio-​​Canada : « Je déteste Ségo­lène Royal. » — Rien que ça, ce serait déjà l’arrêt de mort du gui­gnol. — « Je vais deman­der la natio­na­lité qué­bé­coise. Tant qu’elle est là, tant que quelqu’un ne se dévoue pas pour la tuer, je reste ici. » Croyez-​​vous cela pos­sible ? Non, non et non. Dès le len­de­main, tous les jour­naux en par­le­raient, en Une et sur dix pages. Le clown auteur de ces funestes paroles serait non seule­ment assas­siné (au moins média­tique­ment), mais il aurait à répondre de ses pro­pos devant la jus­tice, avec peut-​​être même une arres­ta­tion immé­diate et une brève incar­cé­ra­tion. C’est tout le mal qu’on lui sou­hai­te­rait. Et c’est tout le mal que je sou­haite à Guy Bedos. Non, plu­tôt : je lui sou­haite que Nico­las Sar­kozy le fasse Che­va­lier de la Légion d’honneur, s’il ne l’est pas déjà. Ou je ne sais quel ordre créé pour lui : Grand-​​Clown. Brave comme il est, il n’oserait sans doute décli­ner la bre­loque et les 4 sous qui vont avec.

Crainte que l’émission ne reste pas long­temps dis­po­nible en ligne, j’ai créé un fichier aux for­mats .ogg (plus léger, 1,34 Mo) et .mp3 (2,35 Mo). Il ne s’agit pas d’un mon­tage au sens « tru­cage » du terme. Je me suis borné à joindre au tout début de l’émission (40 secondes de pré­sen­ta­tion, où la date figure) la par­tie qui com­mence avec l’accueil du pitre Bedos, jusqu’à sa pirouette finale. Le fichier ne dure au total que 2 minutes et 34 secondes.

  • For­mat .ogg (1,34 Mo) »> clic !
  • For­mat .mp3 (2,35 Mo) »> clic !

L’émission de Monique Giroux est en écoute ici. Bedos n’intervient pas avant 9 ou 10 minutes. Au cas où cer­tains ne par­vien­draient pas à écou­ter l’émission ou dou­te­raient de l’authenticité de mon fichier ci-​​dessus, je tiens à dis­po­si­tion de qui m’en fera la demande le fichier des quinze minutes que dure la par­tie où Bedos inter­vient (y com­pris deux chan­sons, dont une belle de Félix Leclerc).

NOTE — Dans le jour­nal Le Devoir, Bedos avait quelques jours aupa­ra­vant pré­paré sa sor­tie de lundi der­nier, en y trai­tant Sar­kozy de « petit singe » et de « p’tit con », comme il est iro­nique­ment rap­porté ici par Mario Roy, avec d’autres divines sur­prises de la part de Bedos, nou­vel éton­nant ennemi de la démocratie.


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