J’en sais de frus­trés, semi-​​tapettes en peine de poils et de couilles, qui ricanent comme quoi la mous­tache de nos jours prou­ve­rait non la viri­lité, comme il est évident, mais le désir de viri­lité. Pierre Assou­line porte la mous­tache. C’est le signe d’une indu­bi­table viri­lité. (1)

Pierre Assou­line occupe dans nos lettres la place très enviable de pipe­lette offi­cielle. Rien n’échappe à sa curio­sité par­fois mal­saine. Il sait tout de cha­cun, pourvu que ce cha­cun ait une acti­vité en rap­port avec la lit­té­ra­ture et qu’il soit au moins connu de quelques gaze­tiers dans son genre (pas de temps à perdre avec le menu fre­tin). Il sait ainsi de vous, cher auteur, ce que pro­ba­ble­ment votre épouse ignore, vu qu’elle ne lave pas obli­ga­toi­re­ment vos slips. Il sait par exemple, pour avoir fouillé en votre absence votre panier de linge sale (avec, on l’imagine, la com­pli­cité de votre boniche espa­gnole), que vous por­tiez le même slip les 5 et 6 mars 1992 — cou­pable négli­gence que vous pou­vez être sûr de retrou­ver à la page 450 de votre bio­gra­phie quand Pierre Assou­line s’y attè­lera, ce qui ne sau­rait tar­der, sur­tout si vous n’êtes pas tel­le­ment sou­cieux, comme l’est par contre votre futur bio­graphe, d’une hygiène irré­pro­chable et que vous êtes connu, au moins de nom, des habi­tués du Lute­tia. Une telle infor­ma­tion, bien sûr, n’est pas sus­cep­tible de rui­ner votre répu­ta­tion lit­té­raire auprès du public cultivé, sauf que le public de Pierre Assou­line, gros ven­deur, se com­pose en majo­rité de bonnes femmes de la même eau sale que lui, soit le célèbre autant qu’anonyme blo­gueur de plus de cinquante ans. Voici com­ment, cher auteur de talent admi­rable mais de linge sus­pect, vous pas­sez aux yeux de la France entière pour un dégou­tant per­son­nage. Moi-​​même, appre­nant cela, avec le gout si déli­cat qui est le mien et mal­gré que j’admire abso­lu­ment vos livres, je pince un peu, de loin, les narines, comme je les eusse pin­cées en pré­sence de Léau­taud, l’homme. Je m’offusque et je ris : « Quel répu­gnant bon­homme ! ». Je ne vous condamne cepen­dant pas encore. Je reste votre fervent lec­teur, mais le doute s’empare de moi. En dépit de toute rai­son, mal­gré ma belle intel­li­gence, je com­mence à sus­pec­ter vos œuvres de conte­nir elles aussi des « négli­gences » (notez l’importance iro­nique des guille­mets) du même type, mais morales celles-​​là et non plus bana­le­ment hygié­niques. Je pour­suis donc ma lec­ture, les sens très en alerte, à peu près convaincu d’y trou­ver non plus, cette fois, un indice de mal­pro­preté phy­sique, mais la preuve que vous êtes pour de bon un salaud. Page 623 de votre bio­gra­phie par Assou­line, je découvre sans sur­prise que Gus­tave, un cou­sin ger­main de votre grand-​​père, aurait vers 1942 (le 18 avril, à 20 h 43), dans son troquet pré­féré de la rue Lepic, bou­gonné comme quoi : « Les Juifs, c’est qu’des rapaces ! ». Le pro­pos aurait été rap­porté à Assou­line par le neveu borgne (six ans à l’époque) du bou­gnat, qui lui-​​même le tien­drait de la bouche de l’ex-beau-frère du mar­chand de vin chez qui le bou­gnat s’approvisionnait avant la Guerre et qui, lui, l’aurait entendu dire par son bou­cher, d’après le témoi­gnage d’un com­mis retourné vivre au Por­tu­gal après la Guerre et décédé en 52 d’une cirrhose.

Vous êtes fait comme un rat, cher auteur, chère ordure natio­nale. En plus de pin­cer fort les narines à l’idée de votre mépri­sable per­sonne, je relis atten­ti­ve­ment tous vos livres et articles et m’empresse de décou­vrir sous la plus ano­dine de vos si belles — et trom­peuses ! — phrases, des sale­tés effroyables, de révé­ler ensuite par­tout quel immonde indi­vidu vous êtes, quoique vous écri­viez divi­ne­ment. Je suis même prêt à revoir ce der­nier juge­ment, tant il est dou­teux qu’un salaud de votre espèce puisse appar­te­nir à la caté­go­rie reine des écri­vains choyés des dieux par le style. J’en viens à dou­ter de mon apti­tude à recon­naitre les maitres du style (éprou­vée pour­tant par de nom­breuses et très variées lec­tures) et je songe à prendre pour modèle le bon, le ver­tueux, l’impeccable Jean Gué­henno — dont chaque slip, depuis sa dou­zième année, a été dument reni­flé par le bar­bet Assou­line et déclaré clean.

Je ne sais trop ce que fait Pierre Assou­line dans la vie. On le répute écri­vain, on le dit jour­na­liste, on lui prête mille talents parmi les plus enviables et sans doute est-​​il à sa manière une sorte de contem­po­rain capi­tal, celui d’une époque où le moindre écho­tier est regardé comme un génie, parce qu’il parle dans le poste à l’occasion, parce que sa bobine est mon­trée par­fois à la télé­vi­sion, parce qu’il tient sur le Net un blog du genre acha­landé, pre­mier au hit-​​parade des blogs lit­té­raires, c’est dire l’étoffe dont se vêt l’artiste ! Non content, sur son blog, de nous dire sa « pas­sion de la chose impri­mée » (le livre en tête, mais encore le pros­pec­tus publi­ci­taire, le ticket de métro, le tract élec­to­ral, l’exploit de huis­sier, la note de res­tau­rant, la fiche de paie, le faire-​​part de mariage ou de décès), Pierre Assou­line loupe rare­ment l’occasion d’enfiler son trench-​​coat Bur­berry, de coif­fer son authen­tique Bor­sa­lino, et de cou­rir sus à l’infâme, sa truffe humide rasant le sol. La spé­cia­lité de cet enquê­teur choc ? Le Nazi, même et sur­tout à l’état lar­vaire. Son flair ? Infaillible.

Pas­sou, comme le nomment affec­tueu­se­ment ses sang­sues lec­teurs, est un sin­gu­lier bon­homme, à la fois cha­leu­reux, gen­til, morne et fourbe. Il aime la lit­té­ra­ture, il n’en faut pas dou­ter, toute la lit­té­ra­ture (la « chose impri­mée »), comme le poi­vrot aime le vin, n’importe quel vin. Il a ses pré­fé­rences et ses réti­cences, bien entendu, mais rien de très marqué. Quand on raf­fole des pâtes, la sauce importe peu. On lui en ser­vi­rait de la moi­sie qu’il trou­ve­rait encore à com­pli­men­ter la cui­si­nière pour ses pâtes cuites al dente. Il ne jet­te­rait pas un livre même miteux à tous égards, tant il aime l’objet. Son amour des livres est tel qu’il par­donne beau­coup à leurs auteurs sous le rap­port du style ou de la pen­sée, pourvu qu’ils n’aillent pas, non cla­mer, mais insi­nuer seule­ment, de très loin, d’une voix si peu audible que Pas­sou seul l’entend, qu’ils pré­fèrent — par exemple — la Torah ou la Bible au Coran, car il est pen­dable non d’aimer la Torah ou la Bible, mais de la pré­fé­rer au Coran. Pré­fé­rer les brunes aux blondes, ne point le celer, c’est recon­naitre qu’on n’aime pas les blondes, c’est du racisme. Cri­tiquer, même du bout des lèvres, un livre comme le Coran ou la reli­gion musul­mane, si ce n’est pas encore du nazisme, c’est du fas­cisme, puisque c’est faire preuve d’islamophobie. L’islamophobe est aux musul­mans ce que l’antisémite est aux juifs. Vous devi­nez l’ombre du nazi là-​​derrière, j’espère ? Vous com­pre­nez, je crois.

Une nuit, excédé de manière tout à fait légi­time par le vacarme « inha­bi­tuel » chez vos voi­sins, vous sor­tez de vos gonds et de votre lit, ouvrez la fenêtre et criez quelque chose de très inno­cent comme : « Vous pour­riez pas faire moins de bruit ? Il y a des gens qui dorment ! ». Dans votre hâte, vous aviez oublié que vos voi­sins sont arabes, donc sup­po­sés musul­mans. Oubli fatal ! Le len­de­main, se répand dans le quar­tier la nou­velle que vous êtes un raciste dou­blé d’un isla­mo­phobe, et si vous êtes par mal­heur une per­son­na­lité, la nou­velle fera le tour des gazettes et des blogs, et si vous ne saviez pas ce qu’est l’enfer, vous allez l’apprendre à vos dépens. Natu­rel­le­ment, per­sonne n’ira croire que vous vous êtes un peu énervé à cause du bruit et du bruit seule­ment. Non, vous vous en êtes pris à vos voi­sins parce qu’ils étaient arabes. On vous regarde désor­mais de tra­vers et cer­tains évitent même de vous croi­ser. Les plus offusqués pincent même les narines à votre vue et affichent une gri­mace de dégout au seul énoncé de votre nom, tel­le­ment français d’ailleurs (Pierre Durand) que, dans le fond, il ne serait pas éton­nant que vous votiez pour le FN. Et d’ailleurs, le Pierre Assou­line du quar­tier ne se fera pas faute de pré­tendre qu’il n’y aurait à cela rien d’étonnant, vu que votre arrière-​​grand-​​oncle lisait volon­tiers L’Action française dans les années 30. La semaine sui­vante, une magni­fique svas­tika peinte en rouge du sang de toutes les vic­times du nazisme orne votre façade, flanquée de fleurs de rhé­to­rique comme No pasa­ran !, Dehors les nazis ! ou À bas les fachos !

Si j’exagère ? Pas tant que ça. Notre Simon Wie­sen­thal de la « chose impri­mée » est un spé­cia­liste de la reduc­tio ad Hit­le­rum, arme dont se servent les enne­mis de la contra­dic­tion et du débat démo­cra­tique pour disqua­li­fier par avance et dis­cré­di­ter toute thèse, toute opi­nion, toute humeur sus­cep­tible de per­tur­ber le doux ron­ron des confor­mistes, le tiède et lan­guis­sant babil des adeptes de la pen­sée poli­tique­ment cor­recte. Houel­le­becq en a d’ailleurs fait l’amère expé­rience en 2002, suite à son inter­view de sep­tembre 2001 dans Lire, que Pierre Assou­line avait agré­men­tée d’un édito­rial où Houel­le­becq était accusé de haine à l’encontre des musul­mans, quand ce der­nier s’était contenté de s’en prendre à l’islam, d’une manière certes peu amène (et tout à fait gros­sière, bien digne d’un beauf), mais sans faire l’amalgame entre la reli­gion qu’il épin­glait et ses adeptes, comme le juge en a d’ailleurs convenu lors du pro­cès, un an plus tard, ce qui a valu au Céline des dépres­sifs d’être relaxé (le 22 octobre 2002). Dom­mage sans doute pour le suave et vigi­lant Pas­sou, mais le blas­phème n’est pas encore un délit. Le « comique » dans l’affaire, c’est que pas même une semaine après le scan­dale Houel­le­becq, l’actualité se char­gea d’appuyer bruyam­ment Houel­le­becq dans l’opinion « nau­séa­bonde » qu’il avait émise dans cette inter­view de Lire et qui lui avait valu d’être à peu près aussi fort blâmé et conspué que s’il avait appelé au géno­cide des musul­mans — à savoir que « l’islam est une reli­gion dan­ge­reuse ». Nous étions, ce jour-​​là, le 11 sep­tembre 2001

Pierre Assou­line est lit­té­ra­le­ment obsédé par le délit de pen­sée. Ce n’est pas l’idéologue qu’il traque ainsi jusque dans les chiottes, c’est le pékin, pourvu qu’il écrive, et à la condi­tion qu’il publie, soit connu. En 2007, une polé­mique l’opposait au phi­lo­sophe — maoïste — Alain Badiou qui, lors d’un sémi­naire à Nor­male sup’, puis dans son livre De quoi Sar­kozy est-​​il le nom ?, avait com­paré le chef de l’État français à « l’homme aux rats » de Freud, soit un cas exem­plaire de névrose obses­sion­nelle, et ses élec­teurs à des rats. Ayant, sous le Mao, flairé le facho, Assou­line dégaina son stylo et pon­dit le chef-d’œuvre d’insinuation visqueuse que voici. Badiou lui répon­dit — et pif ! et paf ! et pouf !

On peut cer­tai­ne­ment blâ­mer Badiou sous l’aspect de la cour­toi­sie. On doit aussi repro­cher à Assou­line, ce Tin­tin au pays des mau­viettes, de voir le Diable là où il n’y a qu’un bouc et de nous en faire accroire. Badiou est un imbé­cile, voilà tout — et Pas­sou est un autre imbécile.

Assou­line publiait en 1985 un ouvrage, L’épuration des intel­lec­tuels, chro­nique de l’épuration menée en France après la Libé­ra­tion contre les intel­lec­tuels com­pro­mis avec l’occupant alle­mand ou/​et le régime de Vichy — le fameux col­labo. En ce temps-​​là, l’étiquette « col­labo » s’attrapait comme le virus de la grippe et seuls y échap­paient vrai­ment les com­mu­nistes encar­tés et ceux qui avaient assez d’imagination pour se bri­co­ler à la hâte un passé de résis­tant, sur­tout de l’ombre. Au-​​delà de la chro­nique, le livre pose la ques­tion de la res­pon­sa­bi­lité des intel­lec­tuels face à leurs écrits. On le sait depuis bien avant Assou­line : verba volent, scripta manent. On sait aussi que nes­cit vox missa reverti — qu’il vaut donc mieux, si on ne peut se taire, tour­ner sa plume sept fois dans son encrier avant de se mettre à rédi­ger un nou­vel épisode des aven­tures du com­mis­saire Assou­let, où, de toute façon, le Dupont & Dupond des salles de rédac­tion et des bars d’hôtels chics saura toujours décou­vrir des traces micro­sco­piques d’antisémitisme ou d’islamophobie. Il en décou­vri­rait chez Ron­sard, même dans le plus fleuri de ses sonnets.

Assou­line a consa­cré plus d’un livre sur une époque et des per­son­nages qui semblent le fas­ci­ner beau­coup. Nous avons cité L’épuration des intel­lec­tuels. Il y a encore Le fleuve Com­belle et Lute­tia. Quand ses bio­gra­phies consa­crées à Hergé et à Sime­non sont sor­ties, il en a été beau­coup ques­tion en Bel­gique, for­cé­ment. J’ai ainsi plus d’une fois entendu Assou­line par­ler dans le poste. Était-​​il ques­tion de Hergé ou de Sime­non ? Oui, mais avec forte mise en lumière des ombres de leurs loin­tains pas­sés, au point que je me suis demandé à l’époque s’il fal­lait consi­dé­rer désor­mais l’un et l’autre comme des fas­cistes, bru­ler ma col­lec­tion d’enfance des albums de Tin­tin, m’abstenir d’emprunter la rue Léo­pold à Liège, où Sime­non est né et où j’allais plu­sieurs fois par semaine ache­ter des cou­ronnes au sésame chez un bou­lan­ger turc.

J’en viens main­te­nant au motif de cet article. Que Pierre Assou­line, dans une abon­dante bio­gra­phie, mette en lumière cer­taines ombres ou sale­tés, c’est dans l’ordre des choses, sauf s’il ne voit que ça et veut ne nous mon­trer que ça, comme la ver­rue dis­crète sur le visage sinon gra­cieux d’une actrice de beauté répu­tée. Là où je com­mence à voir rouge et à sen­tir la plume me titiller, c’est quand ce Sher­lock Holmes de buan­de­rie extrait de son contexte le pro­pos d’un auteur et nous le pré­sente comme une opi­nion de l’auteur, en omet­tant bien d’évoquer la suite immé­diate dudit pro­pos, laquelle explique ce qui pré­cède, annu­lant toute ambigüité ou méprise. Exac­te­ment comme si Pier­rot déro­bait dans votre garde-​​robe un slip propre, l’enfilait, le souillait et publiait le len­de­main sur son blog un reten­tis­sant article sur votre incroyable absence d’hygiène. Encore une fois, je n’exagère pas. Le Stal­ker, à qui j’en avais tou­ché un mot la veille, avec la pro­messe d’en écrire bien­tôt, a publié dès le len­de­main une note à ce sujet. Pour ma part, j’ai pré­féré prendre du recul et décidé de ne pas m’en tenir, comme j’en avais eu l’intention, à cet unique fait, pour ne pas avoir l’air de m’énerver pour une brou­tille. Je veux dénon­cer ici une atti­tude et dire à quel point je méprise Pierre Assou­line et ses méthodes de fli­caillon, d’inquisiteur au petit pied — de déla­teur, osons le mot. C’est même pire, au vrai. S’il dénonce, c’est après avoir en per­sonne inventé le délit et fal­si­fié l’alibi de la per­sonne ensuite dénon­cée. Assou­line s’ennuyait. Comme il n’y avait point de fumée, il fit du feu, appela les pom­piers et dési­gna Untel aux forces de l’ordre comme étant l’incendiaire. Même s’il est prouvé plus tard que ledit Untel n’y était pour rien, il res­tera dans l’esprit de beau­coup, et pour long­temps, comme celui qui a sans doute incen­dié Rome — sinon, de toute façon, en nour­ris­sait le projet.

De quoi s’agit-il ? Au départ, d’une longue inter­view de George Stei­ner dans le jour­nal espa­gnol El País. Assou­line semble en avoir eu vent par le biais de la presse anglaise. Pour un Assou­line, simple com­mis aux écri­tures, Stei­ner repré­sente assu­ré­ment une énigme. Stei­ner est juif, comme Assou­line, hanté par la Shoah, chose aisé­ment com­pré­hen­sible. Assou­line est le pro­to­type du par­fait démo­crate, sorte de petit fonc­tion­naire bien élevé et très soi­gné, l’air d’un qui vit chez sa mère encore et pro­mène tous les soirs son fidèle fox-​​terrier. D’un tout autre calibre, d’une étoffe moins cheap est Stei­ner, et d’une culture autre­ment plus ample, plus raf­fi­née que celle du fade écho­tier de La répu­blique des livres, puisque ainsi se nomme le blog de Passou.

Stei­ner le vieil huma­niste ne peut être qua­li­fié de pro­gres­siste. Il ne croit pas que l’homme soit un modèle d’angélisme, ni sur­tout que la démo­cra­tie soit tel­le­ment ver­tueuse. Stei­ner remet en cause volon­tiers non pas tant la démo­cra­tie que ses pré­ten­tions de régime notoi­re­ment par­fait, donc inat­taquable. C’est cela que le bien-​​pensant Assou­line ne semble pas pou­voir digé­rer. De la cri­tique de cer­tains aspects de la démo­cra­tie à sa remise en cause comme fon­de­ment même de la civi­li­sa­tion, il existe un gouffre que Pierre Assou­line semble — je dis bien semble — vou­loir faire fran­chir à Stei­ner. Une idéo­lo­gie aussi des­truc­trice que le nazisme est bel et bien l’un des enfants de la démo­cra­tie. Le des­pote Hit­ler a été porté au pou­voir par le peuple, selon un pro­ces­sus démo­cra­tique, qu’on l’admette ou non. Ça ne condamne nul­le­ment la démo­cra­tie — pas plus que la nais­sance d’un enfant han­di­capé ne condamne la mater­nité —, mais ça la colore du soupçon qu’elle n’est pas aussi par­faite que cela et qu’il y aurait des choses à cor­ri­ger quant au fond.

L’article est bruyam­ment inti­tulé Le mot de trop de George Stei­ner. Je dis bruyam­ment, parce qu’il ne s’agit aucu­ne­ment d’une réflexion autour d’un pro­pos mal­heu­reux de Stei­ner, mais d’une accu­sa­tion de racisme, ni plus ni moins. Et on sent que ce « mot de trop », Assou­line le guet­tait. Et le voici qui tombe, baveux, de la bouche empoi­son­née mille fois du phi­lo­sophe en che­mise brune.

Du pas­sage incri­miné de l’interview de Stei­ner, Assou­line donne une tra­duc­tion française :

Il est facile de s’assoir ici, dans cette mai­son, et de dire : « Le racisme, c’est hor­rible, non ? ». Mais posez-​​moi la même ques­tion si je devais vivre dans une mai­son voi­sine d’une famille jamaïquaine de six enfants qui écoute du reg­gae et du rock and roll toute la jour­née ! Posez-​​moi la même ques­tion si un expert immo­bi­lier venait m’apprendre que la valeur de ma mai­son s’était effon­drée depuis qu’une famille jamaïquaine avait emmé­nagé à côté ! Demandez-​​moi la même chose à ce moment-​​là !

En espa­gnol, aug­menté — en gras — de la par­tie dont fait soi­gneu­se­ment abs­trac­tion le pro­cu­reur Assou­line, parce qu’elle éclaire ce qui pré­cède et lave Stei­ner de tout soupçon :

Es muy fácil sen­tarse aquí, en esta habi­ta­ción, y decir: “¡El racismo es hor­rible!”. Pero pregún­teme lo mismo si se tras­lada a vivir a la casa de al lado una fami­lia jamai­cana que tiene seis hijos y escu­chan reg­gae y rock and roll todo el día. O cuando mi ase­sor venga a casa y me diga que desde que se mudó a mi lado la fami­lia jamai­cana el valor de mi pro­pie­dad ha caído en picado. ¡Pregún­teme entonces! En todos noso­tros, en nues­tros hijos, y por man­te­ner nues­tra como­di­dad, nues­tra super­vi­ven­cia, si ras­cas un poco, apa­re­cen muchas zonas oscu­ras. No lo olvide.

Le 6 sep­tembre, deux jours après la paru­tion de cette note d’Assouline, j’écrivais ce qui suit à Juan Asensio :

Avez-​​vous lu ceci chez l’abject Assou­line ? Je suis allé lire l’original de l’interview de Stei­ner sur le site d’El País. Le peu d’espagnol que je connais me per­met de com­prendre que Stei­ner ne parle pas du tout pour lui, mais uti­lise le nous col­lec­tif — (« …nues­tro ins­tinto y nues­tro racio­ci­nio ») — avant d’embrayer sur un « je » qui n’est pas un « moi, George Stei­ner », mais plu­tôt une réduc­tion du « nous » col­lec­tif en « je » imper­son­nel. Qu’en pensez-​​vous ? Pour moi, c’est clair, et cette petite saleté d’Assouline me débecte ! Je vais, je crois, consa­crer à cette fausse affaire Stei­ner une petite note à ma façon. Votre opi­nion m’importe avant d’écrire des bêtises. Qu’en pensez-​​vous donc ?

Plus tard, et par souci d’exactitude, j’ai demandé à Asen­sio de me tra­duire le pas­sage « oublié » par Assou­line, en gras ci-​​dessus. Voici :

En cha­cun de nous, dans nos enfants, et afin de garan­tir notre confort, notre sur­vie, dès que vous grat­tez un peu, appa­raissent beau­coup de zones obs­cures. Ne l’oubliez pas. 

Nous avons par cette tra­duc­tion la cer­ti­tude que Stei­ner ne parle pas en son nom. Son « je » est un « nous », il repré­sente le com­mun des mor­tels, dont George Stei­ner ne se dis­tingue pas. Il n’aurait pas mieux fait, comme le sug­gère Asen­sio, de se taire.

Que dit là Stei­ner ? Quelque chose de très banal au fond. Il se borne à rap­pe­ler que nous pos­sé­dons tous, Pierre Assou­line y com­pris, une part obs­cure, qu’une infime contra­riété est sus­cep­tible d’amener à la sur­face, tel un relent, tel un pois­son crevé, sans qu’il faille tout de suite dénon­cer d’inquiétants bruits de bottes et voir se dres­ser à l’horizon de sombres mira­dors, tan­dis que dans l’air flottent des vapeurs fan­tas­mées de Zyk­lon B.

L’exemple « mal­heu­reux » choisi par Stei­ner illustre un fort com­mun et très inof­fen­sif racisme d’humeur qu’il ne faut pas craindre et sur­tout ne pas confondre, comme le fait inten­tion­nel­le­ment Assou­line, avec le racisme d’opinion, qui est une croyance, donc une idéo­lo­gie. Ne me dites pas, pur et chaste Pierre Assou­line, que vous n’avez jamais cédé à l’un de ces mou­ve­ments d’humeur qui nous font dire des bêtises et des bêtises seule­ment, que vous seul inter­pré­tez. Vous men­ti­riez à sou­te­nir le contraire. C’est, chez l’être humain contra­rié, un réflexe natu­rel de stig­ma­ti­ser autrui via une par­ti­cu­la­rité de sa per­sonne (sociale, phy­sique, eth­nique, reli­gieuse, etc.). Mon voi­sin me fait chier qui tond sa pelouse à sept heures le matin ? Je le traite inté­rieu­re­ment de gros lard si mon voi­sin est gras, de vieille carne s’il est à la retraite, de sale pédé s’il est homo­sexuel, de fichu nègre s’il est noir — j’en passe et de moins usuelles, de plus colo­rées. Rien de très blâ­mable là-​​dedans, sauf peut-​​être pour un curé à l’ancienne. Mou­ve­ment d’humeur, aga­ce­ment, et non opi­nion ou doc­trine. Dans votre délire, vous voyez des rails et sur ces rails des wagons et dans ces wagons du bétail humain che­mi­nant vers de nou­veaux holocaustes.

Nous sommes tous en puis­sance des salauds, Pierre Assou­line, comme nous sommes tous, nous les mâles, des vio­leurs en puis­sance, du fait de ce poi­gnard de chair que la nature nous a placé entre les jambes, et qui est sus­cep­tible de se muer en arme du crime. Parce que nous sommes des hommes et pas des anges. L’homme qui ne se défi­nit pas comme un ange n’est pas obli­ga­toi­re­ment non plus un démon, quand même reconnaitrait-​​il quelques vices ou louches pas­sions. Il y aurait peut-​​être moins de vrais démons s’il y avait moins de faux anges. Si on ces­sait de nous bas­si­ner avec la pré­ten­due pureté des enfants — des êtres assexués, donc des anges ! — cer­tains éprou­ve­raient peut-​​être moins l’irrépressible envie de souiller cette pureté, comme cette trop blanche neige que l’on ne peut s’empêcher de marquer en la pié­ti­nant, mal­gré qu’on la trouve belle à cou­per le souffle, irré­sis­tible, et jus­te­ment à cause de ça. Y avez-​​vous songé ? Une société trop polie appelle le juron, comme la mouche appelle la tapette.

En 1982 déjà, dans Kama­la­lam, Mar­cel Moreau écri­vait, à pro­pos de l’antiracisme de ceux qui voient des fachos et des nazis à chaque coin de rue, dégui­sés en pai­sibles bour­geois, ceci qui semble avoir été rédigé à l’attention du pieux abbé Pierre… Assouline :

L’antiraciste condamne sans nuance. Et cepen­dant, le racisme a sa diver­sité, sa gra­dua­tion. À force de ne pas modi­fier nos ana­thèmes en fonc­tion du degré de gra­vité des cas, on risque de rai­dir des atti­tudes bal­bu­tiantes ou confuses en cre­dos inex­piables. Dra­ma­ti­ser une bou­tade à carac­tère racial, c’est peut-​​être déjà l’infléchir en convic­tion, en sérieux. De l’effet de rejet, ou du simple malaise qu’éprouve un homme dont le vil­lage, le quar­tier ou la rue connaît une popu­la­tion dense d’étrangers au hideux projet hit­lé­rien d’aryaniser l’Europe, il y a tout un monde. Cer­tains n’y voient qu’un pas, qu’ils font aussi fran­chir par le même mot : racisme. Le racisme n’a jamais été irré­pro­chable, mais il y a une sorte d’entraînement de l’antiracisme patenté à culpa­bi­li­ser sur la base d’un seul et unique délit, qu’il bap­tise du nom de sa han­tise. L’accusation « raciste » tombe aujourd’hui aussi aisé­ment des lèvres que celle de « facho » ou de « réac ». L’antiraciste obses­sion­nel ignore à quel point, par abus de voca­bu­laire, il est par­fois créa­teur de racisme. On a vu des réflexes à l’origine véniels, dont les appa­ri­tions étaient trop brèves, trop pré­caires pour qu’elles fussent dignes d’une flé­tris­sure, se muer, flé­tries, en humeur xéno­phobe. Ainsi, des cibles sus­cep­tibles se trans­forment, tou­chées, en ce qu’elles n’étaient pas, n’avaient jamais été, n’envisageaient pas de devenir. 

Le « mot de trop » de George Stei­ner siffle à mes oreilles, dénoncé de cette manière par Assou­line, comme la balle que je vois ce der­nier loger dans la nuque du phi­lo­sophe, comme remède préventif.

Je laisse Pierre Assou­line et tous ceux de son angé­lique (et famé­lique) famille médi­ter cette réflexion de Mar­cel Moreau, encore lui, dans son roman inti­tulé Bal dans la tête (titre pro­vi­den­tiel, eu égard à ce qui précède) :

Ce qu’il y a de sul­fu­reux en vous, c’est par­fois le seul moyen qui vous reste de lut­ter contre vos décom­po­si­tions internes, et contre la pres­sion sour­noise, sub­ti­le­ment active, qui autour de vous ne se connaît d’autre tâche que de vous dépersonnaliser.

NOTES

(1) – Une lec­trice de Pierre Assou­line me rap­porte que ce der­nier ne porte plus la mous­tache depuis un an. La ter­rible nou­velle n’avait pas fran­chi l’Atlantique. J’en suis tout remué…

(2) – En com­men­taire sous un récent billet de P. Assou­line, et avec la signa­ture Cica­delle, j’ai laissé le bref mes­sage sui­vant (7 octobre, à 02:29) : « On se demande ce qu’a bien pu écrire M. Assou­line pour être traité plus bas que ver », avec dans ma signa­ture le lien vers le pré­sent article. Ce com­men­taire me vaut évidem­ment d’être mordu au mol­let par les fidèles petits roquets du pré­sident de la Répu­blique des Livres. Ayant pour prin­cipe de ne pas pol­luer les blogs des autres avec des com­men­taires sur des articles parus ailleurs, j’ai cru bon devoir rédi­ger, vers 14 h en Europe, et sous mon nom cette fois, un nou­veau com­men­taire invi­tant les lec­teurs outrés de P. Assou­line à pour­suivre ici la dis­cus­sion. Mon com­men­taire, que voici, n’a pas paru (évidem­ment !) : « Je ne veux point souiller le blog de P. Assou­line en com­men­tant ici une polé­mique née ailleurs. C’est d’ailleurs ce que je déteste sur ce blog : cha­cun se répon­dant, riva­li­sant de sub­ti­li­tés, très vite en dehors du sujet de la note pas­sou­li­nienne. C’est ce type de lec­teurs que je vois comme des sang­sues : s’accrochant au maitre dans l’espoir d’une écla­bous­sure magis­trale. Bref, il est pos­sible de dis­cu­ter de mon article sous celui-​​ci. Je ne pra­tique aucune cen­sure. Je ne reproche à Assou­line que ce que je lui reproche et cer­tai­ne­ment pas de ne pas s’incliner devant le Haut Talent du Stal­ker. Asen­sio est un ami, oui. Et alors ? Je ne pense pas avoir la capa­cité de nuire en aucune façon à la répu­ta­tion de P. Assou­line. Il s’en charge tout seul. Les faits que je rap­porte, je ne les invente pas. Je passe bien des choses à P. Assou­line qui, mon Dieu, a le droit d’exister et d’écrire dans toutes les nuances du beige. Avec « l’affaire » Stei­ner, il est allé trop loin, comme je le démontre. Ou bien il a oublié quelque chose et la moindre des choses serait qu’il répare son oubli et rende jus­tice à Stei­ner, ou bien c’est lui qui cherche à enta­cher la répu­ta­tion de Stei­ner, d’une manière… disons ignoble. » — Cette non-​​parution qui est une cen­sure (c’est de bonne guerre) apporte évidem­ment de l’eau au mou­lin d’un autre com­men­ta­teur d’Assouline qui parie que je ne répon­drai pas sur le blog de ce der­nier. Pour que je réponde là où on vou­drait que je le fasse, il fau­drait com­men­cer peut-​​être par ne pas me l’interdire en bloquant mon IP… Sur ce, je mets au défi les lec­teurs d’Assouline (ou plu­tôt ses afi­cio­na­dos) de venir ici expri­mer leurs états d’âme. Opus XVII est un espace ouvert où ne s’exerce aucune cen­sure, sauf insultes gratuites.

(3) – Je n’aurais pas été cen­suré, parait-​​il. Mon com­men­taire conte­nait un terme banni chez Pas­sou : Stal­ker – si bien que les robots contre le spam auraient empê­ché mon com­men­taire de s’afficher. Il a été validé depuis (l’aurait-il été sans ma note ci-​​dessus ?), mais rien ne dit que ce ne soit pas une vali­da­tion stra­té­gique : nooooon, la cen­sure n’existe pas chez Assou­line, voyons ! Et pour­tant cer­tains se plaignent régu­liè­re­ment de ne pas voir s’afficher cer­tains com­men­taires… Dans un second com­men­taire chez Pas­sou, j’invite ce der­nier à venir s’expliquer ici : « Pierre Assou­line, si vous vou­lez vous défendre chez moi, vous le pou­vez, bien sûr. Ne pensez-​​vous pas que vous nous devez des éclair­cis­se­ments sur votre… méprise ? Si vous vous êtes trompé par pré­ci­pi­ta­tion, rien ne vous empêche, sauf votre orgueil peut-​​être, à répa­rer votre bévue en recon­nais­sant que vous n’aviez pas lu la suite immé­diate des pro­pos « exces­sifs » de Stei­ner. L’erreur est humaine. Mais en ne la répa­rant pas alors que vous êtes désor­mais informé, vous pas­se­rez pour avoir monté contre Stei­ner un coup tordu, et alors nous sau­rons don­ner à cette lamen­table affaire la publi­cité qu’elle mérite. »

(4) – L’excellent Didier Goux a posté sur son blog une petite note consa­crée au pré­sent article. Je l’en remer­cie. Les com­men­taires de ses lec­teurs prouvent que les manières d’Assouline com­mencent à en las­ser plus d’un.

(5) – J’ai reçu l’appui et les encou­ra­ge­ments d’un écri­vain de renom. Je ne cite­rai tou­te­fois pas son nom sans son accord. Extrait de son cour­riel : « En tous cas, l’affaire Stei­ner est scan­da­leuse, d’autant que Jacob reprend cela aussi. Il fau­drait peut-​​être conti­nuer à mettre la pres­sion. Com­ment ? je ne sais pas… ». Je lui ai sug­géré de mettre son nom dans la balance. Il est bien entendu libre de n’en rien faire, c’est son droit le plus strict, car en matière d’ennuis, celui-​​là est servi. Le Jacob dont il est ques­tion dans son cour­riel est Didier Jacob, du Nou­vel Obs, soit celui que Mau­rice G. Dan­tec appelle si jus­te­ment « notre nou­veau Jda­nov », Jacob ou Jda­nov qui, le 2 octobre, a publié un arti­cu­let inti­tulé Quand Stei­ner dérape. Jacob, qui n’est pas jour­na­liste mais éboueur (sa rubrique du Nou­vel Obs s’appelle « Rebuts de presse »), s’est évidem­ment contenté de ramas­ser une ordure trou­vée dans la pou­belle d’Assouline, sans prendre la peine de s’informer davan­tage. C’est d’autant plus grave que ce DJ d’opérette a osé mettre le terme « racisme » dans les tags dudit articulet.

(6) – Note du 8 octobre, 15 h 30 en Europe… Pierre Assou­line semble ne pas com­prendre le pro­blème, ni même qu’il y ait un pro­blème. Ce matin (10 h 06), sur son blog, voici ce qu’il me répond : « Mais enfin Yanka, c’est quoi votre pro­blème ? Cette infor­ma­tion sur George Stei­ner est de la bouche même de George Stei­ner. Elle a été reprise par toute la presse de la même manière. Il n’y a pas de méprise. Si vous lisiez ce blog depuis le début, vous sau­riez que je n’ai jamais mar­chandé mon admi­ra­tion à cet homme. Sim­ple­ment, là, il dérape et ce n’est pas digne de lui. On ne consulte pas un intel­lec­tuel de ce calibre pour l’entendre débal­ler des pro­pos de bis­tros. » —  Naï­veté, bêtise pro­fonde ou mau­vaise foi ? Voici ma réponse (1528) :

« Mon pro­blème, Pierre Assou­line ? Il est que les pro­pos de Stei­ner ont été cou­pés exac­te­ment là où il le fal­lait pour le faire pas­ser pour raciste. La suite immé­diate prouve clai­re­ment qu’il ne parle pas en son nom, mais se met dans la peau du com­mun des mor­tels avec ce racisme d’humeur que nous éprou­vons tous à l’occasion et qui est sans conséquence, n’a stric­te­ment rien à voir avec une quel­conque idéo­lo­gie raciste. Avez-​​vous lu le texte de Mar­cel Moreau à la fin de mon article ? Il est éclai­rant à cet égard. Vous avez repris une info sans véri­fier, et Didier Jacob fait pire encore, qui a mis le mot « racisme » dans ses tags sous le bref article qu’il a consa­cré à « l’affaire Stei­ner ». Si quelque part je dis : « Je n’aime pas les Noirs qui se blan­chissent la peau, car c’est une forme de détes­ta­tion de sa propre race », vous, vous repre­nez l’info mais en la cou­pant après « Noirs », et vous écri­vez que j’ai dit : « Je n’aime pas les Noirs ». C’est exac­te­ment ce que vous avez fait avec Stei­ner, et vous refu­sez de recon­naitre votre méprise, ce qui passe alors pour une inten­tion de nuire à la répu­ta­tion du phi­lo­sophe. Si vous ne trou­vez pas ça grave, alors vous êtes ou bien bête ou bien mau­vais. Mon pro­blème il est donc que vous ren­diez jus­tice à Stei­ner. Et si je vous invite à venir vous expliquer sur mon blog, c’est parce qu’ici les com­men­taires se che­vauchent et que ça donne furieu­se­ment l’impression d’être sous une cloche à fro­mage avec des cen­taines de mouches qui bour­donnent à qui mieux mieux. Et rassurez-​​vous, je vous lis régu­liè­re­ment, je n’ignore pas votre admi­ra­tion pour Stei­ner, ni l’amitié qui vous a lié à Com­belle. Je vous fais le reproche d’être obsédé par le racisme, de voir du racisme, des fachos et des Nazis là où il n’y a rien. Qu’il faille être vigi­lant, d’accord. Au moindre bruit dehors, vous enfi­lez votre treillis, sor­tez la grosse artille­rie et vous pos­tez à la fenêtre pour abattre le monstre : c’est un enfant qui joue dans la cour… Vous sem­blez ne pas voir tout le ridi­cule de votre atti­tude. Tant pis. »


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