Texte publié pour la pre­mière fois le 28 novembre 2007 sur Opus XVII v1.

Une note récente du Stal­ker men­tionne l’initiative de l’éditeur Léo Scheer appe­lant au sou­lè­ve­ment (rien de moins !) de la blo­go­sphère pour cause de médio­crité du cru 2007 des prix lit­té­raires. Dans la fou­lée, Scheer pro­pose une liste B de prix.

Je n’ignore pas que la blo­go­sphère des lettres n’a rien à cirer de l’opinion du ciron Yanka, mais puisque, pra­tique oblige, j’appartiens bien à la triste caste des écri­vains, je me sens plus ou moins concerné, et donc forcé de faire connaitre mon opinion.

Je confesse n’avoir jamais été influencé dans mes choix de lec­ture par aucun prix. Je n’ai lu que trois livres pri­més par le Gon­court : À l’ombre des jeunes filles en fleurs (Proust, 1919), Le rivage des Syrtes (Gracq, 1951, prix refusé par l’auteur et livre que je n’ai pas eu le cou­rage de lire jusqu’au bout, tant il m’a ennuyé), Le roi des aulnes (Tour­nier, 1970). J’ai aussi lu le Renau­dot de 1929 (Mar­cel Aymé) et celui de 1932 (Céline). Un seul Prix Médi­cis : celui de 2004 (Marie Nimier). La liste est un peu plus longue, mais pas tel­le­ment, pour les lau­réats du Médi­cis étran­ger. Arrê­tons là cet insensé recen­se­ment. On l’aura com­pris : je me sou­cie comme d’une guigne des prix lit­té­raires. Pour moi, on peut les supprimer.

Je n’appelle pas comme Léo Scheer au sou­lè­ve­ment, mais à l’indifférence, voire au mépris. Que disait Léau­taud des prix lit­té­raires ? Ceci, que tout écri­vain qui en accep­tait un, sol­li­cité ou non, était à ses yeux désho­noré. Il insis­tait : désho­noré ! Au déshon­neur des écri­vains pri­més j’ajoute pour ma part celui des membres des jurys lit­té­raires, tous, sans excep­tion, com­pro­mis et véreux.

Une liste B de prix… Pourquoi pas des listes C, D, E, F, etc., his­toire de récom­pen­ser large ? Et tant qu’à faire, pourquoi pas une liste A récom­pen­sant les auteurs dont le nom com­mence par A, une liste B pour les auteurs en B, une liste C pour…, etc. ?

Amu­sant de consta­ter que, plus la lit­té­ra­ture française dégrin­gole, plus on la dis­tingue par des prix dument pres­ti­gieux et notoi­re­ment truqués. Ridi­cule, obs­cène, cette bous­cu­lade de la ren­trée, cette agi­ta­tion pous­sié­reuse du néant en vue des lau­riers de novembre, ces pous­sées goi­treuses d’écrivains en mal de distinction.


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