Julien GracqAvec Ernst Jün­ger (mort en 1998 à 102 ans) et Julien Green (mort en 1998 à 97 ans), Julien Gracq, qui nous a quitté le 22 décembre der­nier à 97 ans, appar­tient à cette caté­go­rie d’écrivains, se raré­fiant avec l’âge, qu’on a toujours connus très vieux et que l’on ima­gi­nait éter­nels. Si j’avais eu il y a deux semaines le désir de rendre visite à Julien Gracq en son mythique ermi­tage de Saint-​​Florent-​​le-​​Vieil, je ne me serais pas pré­ci­pité, j’aurais faci­le­ment pla­ni­fié mon voyage à l’été pro­chain, sûr d’y trou­ver à tous les coups le vieil écri­vain, dis­po­nible au moins pour une pai­sible conver­sa­tion et une courte pro­me­nade. Je n’ai jamais eu ce désir, et Julien Gracq s’en est allé.

Julien Gracq, que je n’adule pas, était un per­son­nage, comme Léau­taud, mais dans un genre plus strict, moins pit­to­resque. Il était de ces écri­vains auxquels on pense avec une ten­dresse de petit-​​fils envers son grand-​​père : on ne juge pas son grand-​​père, on l’aime. Comme pour Léau­taud d’ailleurs, on peut ne pas aimer les livres de Gracq et éprou­ver de l’affection pour l’homme. Les écri­vains, sauf quelques ânes et trois mar­souins, sont avant tout des hommes, on peut ne pas aimer ce qu’ils font et aimer ce qu’ils sont. Le contraire est vrai aussi : Céline, l’homme, ne sus­cite de ma part aucune sym­pa­thie, mal­gré Bébert.

Porté comme je le suis à la nos­tal­gie des temps anciens, des tons sépias, de la dou­ceur de vivre, de la len­teur, du silence qui régnait dans les chau­mières avant la dia­bo­lique appa­ri­tion de la TSF et de la télé­vi­sion, de l’époque où les écri­vains fai­saient encore auto­rité, étaient res­pec­tés parce qu’eux-mêmes res­pec­taient la lit­té­ra­ture et les lec­teurs, je n’ai pas appris la mort de Gracq sans un pin­ce­ment au cœur. Je ne sais rien de plus triste qu’un vieil arbre qui meurt. Des for­mules plates comme : « Bah ! il avait fait son temps… » ou « Il était de toute façon condamné » ou (pour un écri­vain) : « Il n’écrivait plus », ne me consolent pas de la dis­pa­ri­tion d’un témoin, d’une mémoire, d’une ency­clo­pé­die, ni, dans le cas de Julien Gracq, d’un homme à ce point vis­cé­ra­le­ment hos­tile aux médias, qui réduisent en miettes et copeaux tout ce dont ils traitent, qui haïssent pour de bon la fine den­telle, les nuances, le dis­cours lent ponc­tué de silences, qui toujours pré­tendent mettre au clair en deux temps trois for­mules ce qui deman­de­rait mille années de réflexion pour être un peu tiré de l’obscurité. L’écrivain Gracq était l’homme des médi­ta­tions sur papier, des pro­me­nades sans but le long des sen­tiers soli­taires, des rêve­ries de l’aube sur fond de pay­sages où flotte, légère, une brume tout ensemble inso­lite et ras­su­rante — ras­su­rante, bien sûr, par son immo­bi­lité, sa réma­nence, son intemporalité.

Je ne peux déci­dé­ment conce­voir une œuvre et la dis­so­cier de son auteur. Der­rière tout livre, il y a un homme, et ce qu’est, était cet homme, m’intéresse au plus haut point, pas for­cé­ment à la manière d’une concierge ou d’un papa­razzi qui fouille­rait le panier de linges sales de son loca­taire ou de sa proie pour y décou­vrir des traces humides d’intimité. J’avais lu, et com­menté dans mon jour­nal, il y a de cela quelques années, une révé­la­tion sor­dide faite par un papa­razzi qui, pour avoir fouillé les pou­belles du couple Serge Gains­bourg /​ Jane Bir­kin, avait décou­vert que Jane Bir­kin ne por­tait jamais deux fois la même petite culotte : la culotte dont elle venait de chan­ger, au lieu de la mettre au sale, elle la jetait. Une telle manie, avé­rée ou inven­tée pour les besoins d’un quel­conque Voici, ne dégrade en rien l’image de l’artiste, mais prouve que le cha­ro­gnard le moins sym­pa­thique (le vau­tour ori­cou, par exemple) est cent fois plus res­pec­table que ce repré­sen­tant dévoyé d’une huma­nité chaque jour plus ignoble. Non, ce qui m’intéresse dans l’homme der­rière l’artiste, ce ne sont pas ses misé­rables secrets de buan­de­rie ou d’alcôve, ni ses pen­sées impures, ni mêmes ses opi­nions du jour sur l’actualité du même nom — c’est l’étoffe dont il est fait, son carac­tère, son tem­pé­ra­ment, et voir si ces traits de l’écrivain sont en adéqua­tion avec ceux de l’homme privé. Je cherche l’intégrité. Si l’homme res­semble à ses écrits (dans les grandes et fortes lignes il va de soi, non dans le détail), si ses actes, sa façon d’être au quo­ti­dien, collent avec le tem­pé­ra­ment dévoilé dans ses écrits par son style d’écriture, alors c’est une per­sonne intègre, hon­nête (avec elle-​​même au moins) et par­tant, esti­mable. Sinon c’est un faux-​​cul, et peut-​​être une cra­pule. Je déteste (le répèterai-​​je assez ?) qui, mesquin et lâche dans la vie, se fait pas­ser pour noble et hardi par le biais de la lit­té­ra­ture, tel un canas­son jouant les purs-​​sangs. J’en connais un, et je le mal­mène sou­vent ici : tout en pec­to­raux dans ses écrits, tout en épaules vou­tées dans la vie. Dans la fable de la lit­té­ra­ture contem­po­raine, il est la gre­nouille du bœuf Sol­lers. Je dis gre­nouille, mais je pense têtard. Dans tous les cas je pense et dis : fai­seur, bateleur.

La lit­té­ra­ture sert volon­tiers d’exutoire pour un nombre consi­dé­rable d’écrivains, et de cathar­sis. On verse sur le papier un trop-​​plein de ceci et on se purge de cela, sans quoi on en crève. Le résul­tat n’est pas toujours ragou­tant, mais c’est néces­saire et d’ailleurs, pour moi, tout art digne de ce nom est obli­ga­toi­re­ment l’expression d’un excès. Et tout l’art consiste à mettre cela en forme, dans un but évident de trans­fi­gu­ra­tion. Tout véri­table artiste est donc un alchi­miste. L’homme au tem­pé­ra­ment de fond mélan­co­lique et qui écri­rait des atro­ci­tés n’est pas for­cé­ment à mes yeux un tri­cheur, en vertu même de cette fonc­tion d’exutoire que j’accorde volon­tiers à l’art. Je ne parle pas des thèmes trai­tés, ni de la manière de trai­ter ces thèmes, mais de cette musique par­ti­cu­lière que l’écrivain à style fait entendre, quoi qu’il écrive d’ailleurs. Lorsqu’on a trouvé son style (pas en le cher­chant chez les autres mais en le décou­vrant en soi), on le conserve. Il peut varier avec le temps, se détendre, se dur­cir ou se dépouiller, mais ses grandes struc­tures demeurent, il est par­tout recon­nais­sable, dans tous les genres, de l’élégie au pam­phlet, du roman à la cor­res­pon­dance, du conte à la pièce de théâtre.

Le plus éton­nant, c’est quand l’impression lais­sée par le style d’un écri­vain cor­res­pond à sa trogne, et vice-​​versa. Proust, tel que nous le connais­sons tous, peint par Jacques-​​Émile Blanche, ne peut pas avoir écrit L’école des cadavres. Avant même de rien écrire, Proust avait la tête de l’auteur des Plai­sirs et les jours, de La Recherche du temps perdu, de Jean San­teuil. Léon Bloy, avec son ter­rible regard, ne peut pas être l’auteur de Bruges-​​la-​​Morte. Céline non plus. Entre la tête de Bau­de­laire et ses Fleurs du mal, je ne vois pas un pétale de dif­fé­rence. Sartre, c’est La nau­sée faite homme. Le rêve (Zola) ne peut pas être l’œuvre de Léau­taud si on connait son faciès. Avec la tête qui est la sienne, Phi­lippe Sol­lers a for­cé­ment écrit Les gon­doles à Venise pour Sheila et Ringo. Mais si on lit tout Sol­lers sans savoir à quoi l’auteur res­semble, alors on est la proie d’un malaise, car l’œuvre attri­buée à Sol­lers est de tout le monde et de n’importe qui depuis, en gros, Dante, sauf pré­ci­sé­ment de Sol­lers. Reconnaissons-​​lui au moins le génie de la pres­ti­di­gi­ta­tion. Sol­lers a voulu être et a été Hou­dini ou rien. De plus jeunes et moins doués que lui vou­draient être Phi­lippe Sol­lers. Ils ne seront rien, c’est la fatalité.

Gracq a la tête de son œuvre, et chaque ligne de son œuvre est l’une des rides de son visage, un visage plu­tôt fermé et méfiant. Gracq est donc pour moi un écri­vain intègre. Je serais for­te­ment déçu d’apprendre que cet homme qui se tenait à dis­tance des médias pas­sait son temps à sol­li­ci­ter des articles et des inter­views. Je le serais aussi d’apprendre que ce soli­taire sobre était en réa­lité un fes­tif paillard. Je ne consi­dère pas Gracq comme un homme très jovial, et si je pense à lui, je le vois toujours en noir et blanc, cos­tume plu­tôt foncé, dans les tons gris, et cha­peau sur le crâne : un petit bour­geois de pro­vince, un pro­fes­seur du genre craint, grave de l’aube à la brune, trop rai­son­nable pour exci­ter chez moi autre chose que le res­pect dû à un vieux mon­sieur cor­rec­te­ment et pro­pre­ment vêtu. La vie de Julien Gracq n’est pas de celle qui fasse rêver un jeune homme. Moi, qui ne suis plus jeune sans être déjà vieux, j’admire par contre beau­coup sa constance, sa fer­meté, son gout du retrait, de la vie soli­taire, son rap­port intem­po­rel au temps, sa façon de son­ner juste, quoi qu’il écrive ou dise, et cette belle froi­deur d’âme qui est l’apanage des rares hommes sachant se mettre à l’abri des passions.

Je ne consi­dère pas Gracq comme un grand écri­vain, mais comme un écri­vain impor­tant, une figure de la lit­té­ra­ture, un peu comme Gide, et il res­tera une belle et noble figure des lettres françaises, dût-​​on ne plus jamais lire ses livres. Inti­mi­dant, comme Gide. Énig­ma­tique par bien des aspects. Dans une Répu­blique des Lettres Françaises Modernes, Gracq eût été le très fiable pré­fet d’un dépar­te­ment de poids. Acteur, Gracq eût été un res­pec­table second rôle dans la caté­go­rie des notables et des gra­dés, tel Jacques Monod.

Le rivage des Syrtes est l’unique roman de Gracq que j’aie tenté de lire, il y a long­temps déjà, à une époque où je lisais beau­coup plus qu’aujourd’hui, avec avi­dité, où je ne lâchais pas faci­le­ment un livre. Sans m’être tombé des mains, ce livre, dont j’ai aban­donné la lec­ture vers la moi­tié, m’a laissé une curieuse impres­sion de livi­dité mêlée de moire, une lita­nie blanc-​​bleu de pay­sages dres­sés là pour habiller la lumière, le silence et l’attente, des pay­sages curieu­se­ment déser­tés, sans âme, une froide topo­gra­phie de carte d’état-major, le tout coiffé de nuages-​​images com­plexes d’une poé­sie quelque peu manié­rée, dont la cou­leur domi­nante serait le bleu, entre le bleu ardoisé et le gris-​​bleu du métal ou de la banquise au soleil déclinant.

Gracq existe donc pour moi essen­tiel­le­ment par ses essais, genre où l’écrivain s’est illus­tré d’abondante manière, où sa plume labo­rieuse (Gracq lui-​​même se défi­nit comme un écri­vain labo­rieux), sa prose tra­vaillée et sou­te­nue, son rythme par­ti­cu­lier de pro­me­neur vite happé par un détail du pay­sage et s’y enfonçant, oublieux de son che­min crevé d’ornières mais non de sa des­ti­na­tion, son regard à la fois vif, ample et loin­tain — trouvent un ter­rain pro­pice aux riches réflexions de ce rêveur soli­taire aux yeux larges ouverts et à l’esprit alerte.

Gracq fut, et res­tera, un écri­vain pour écri­vains. La matière pre­mière de ses réflexions, c’est la lit­té­ra­ture, les écri­vains, et elle retourne aux écri­vains et à la lit­té­ra­ture une fois trai­tée. Le mot « lit­té­ra­ture » figure d’ailleurs dans le titre du pam­phlet de Gracq, La lit­té­ra­ture à l’estomac, publié en 1950 chez Corti après une pre­mière paru­tion dans la revue Empé­docle l’année pré­cé­dente. Ce court — 80 pages — et cin­glant pam­phlet a été maintes fois depuis réédité (chez Corti toujours, sous la forme char­mante et désuète — chère au libraire-​​corsaire corse — d’un ouvrage non mas­si­coté). Presque soixante ans plus tard, ce livre demeure d’actualité.

La littérature à l’estomac

Parmi la qua­ran­taine d’ouvrages qui ont tra­versé l’Atlantique dans mes bagages, La lit­té­ra­ture à l’estomac figu­rait. Mon exem­plaire est une réédi­tion de mars 1988. Depuis, j’ai dû le lire quinze fois, la der­nière, hier. Il est de ces livres qu’un écri­vain devrait toujours avoir en poche, car c’est un bré­viaire, et c’est une arme. Il m’est arrivé déjà de le bran­dir, à la manière d’un cru­ci­fix, au museau des vam­pires à képis d’adjudants dont nos lettres foi­sonnent. Ces assoif­fés de Lit­té­ra­ture (la majus­cule, pour marquer qu’ils ne plai­santent pas avec ça) n’aiment rien tant que le bavar­dage sur la Lit­té­ra­ture, un bavar­dage aussi éloi­gné que pos­sible du badi­nage, car ce sont de sérieux, graves et com­pé­tents com­pères. Sou­vent diplô­més de Fri­bourg, ils trim­ballent avec eux les œuvres com­plètes de Hei­deg­ger, leur code, leur bous­sole, leur pen­dule, leur baguette de sour­cier et leur talis­man sans doute. Eux seuls savent ce que doit être — et, par coro­laire, ne pas être — la lit­té­ra­ture. Ils n’ont de cesse de vous ser­mon­ner là-​​dessus. Ils ont fomenté la conta­gion de la lit­té­ra­ture par les Idées. Depuis eux, les tro­pismes (1) idéaux ont envahi la lit­té­ra­ture. Ils ont nom Freu­disme (et ses variantes), Struc­tu­ra­lisme, Exis­ten­tia­lisme, Décons­truc­tion, Her­mé­neu­tique, etc. Com­bien, pas même en un siècle, en avons-​​nous vu pas­ser sur nos corps et entre nos lignes de ces trains modernes et puis­sants ? Et qui ose­rait pré­tendre que la lit­té­ra­ture n’a pas souf­fert, ne souffre plus des impé­ra­tifs de ces écoles pré­ten­dant cha­cune, au vrai, annexer la lit­té­ra­ture, réduire ses pré­ro­ga­tives à l’exécution des mots d’ordre et lubies des toqués du Logos, faire de ce corps une tête, de cette chair une pen­sée, de cette parole un dis­cours, de cette lumière une nuit ?

Gracq, dans ce livre en forme d’uppercut, tout vibrant d’une saine et froide colère, dénonce en fait plu­sieurs choses : la tyran­nie des prix lit­té­raires et les manœuvres dila­toires, les arran­ge­ments qu’ils sus­citent ; le culte de la nou­veauté en lit­té­ra­ture ; les carences de la cri­tique et la pusil­la­ni­mité du juge­ment lit­té­raire des lec­teurs ; l’envahissement sour­nois des lettres par les hordes universitaires.

Mor­ceaux choi­sis :

« La demande har­ce­lante de grands écri­vains fait que presque chaque nou­veau venu a l’air de sor­tir d’une for­ce­rie : il se dope, il se tra­vaille, il se fouaille les côtes : il veut être à la hau­teur de ce qu’on attend de lui, à la hau­teur de son époque. Le cri­tique, lui, n’en veut pas démordre : coûte que coûte il décou­vrira, c’est sa mis­sion […] chaque semaine il lui faut quelque chose à jeter dans l’arène à son de trompe : un phi­lo­sophe tahi­tien, un graf­fiti de bagnard — Rim­baud redi­vi­vus […]. » (p. 17 – 18)

« […] à la réac­tion extrê­me­ment pru­dente et cau­te­leuse, pleine d’inhibitions, qui est aujourd’hui celle du lec­teur moyen quand on le sol­li­cite de juger en l’absence de tout repère cri­tique, on sent que la cau­tion des spé­cia­listes, auxquels il se réfère d’instinct en toutes matières, lui fait ici défaut cruel­le­ment, qu’il a le sen­ti­ment de s’avancer en ter­rain miné, de n’avoir pas en mains tous les éléments. » (p. 51)

« […] (le monde après cinq mille ans retrouve en 1949 une véné­ra­tion abjecte et oubliée à l’égard de tous ceux qui savent manier les hié­ro­glyphes […]). La vérité est que la lit­té­ra­ture est depuis quelques années vic­time d’une for­mi­dable manœuvre d’intimidation de la part du non-​​littéraire, et du non-​​littéraire le plus agres­sif […]. » (p. 54)

« La méta­phy­sique a débarqué dans la lit­té­ra­ture avec ce rou­le­ment de bottes lourdes qui en impose toujours […]. » (p. 56)

« Le grand public, par un entraî­ne­ment incons­cient, exige de nos jours comme une preuve cette trans­mu­ta­tion bizarre du qua­li­ta­tif en quan­ti­ta­tif, qui fait que l’écrivain aujourd’hui se doit de repré­sen­ter, comme on dit, une sur­face, avant même d’avoir un talent. » (p. 68)

Pour conclure, je m’en vou­drais de ne pas signa­ler le bel hom­mage que Juan Asen­sio a consa­cré à Gracq au len­de­main de sa mort.


Notes

(1) — Au fig. Force irré­sis­tible et incons­ciente qui pousse quelqu’un à agir d’une façon déter­mi­née ; com­por­te­ment réflexe. (TLF)

La photo de Julien Gracq, par Jean-​​Paul Dekiss, pro­vient du site (excellent) de la Librai­rie José Corti. 


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