Pre­mier volet cri­tique d’une série consa­crée à ma relec­ture du Tes­ta­ment d’Artaud, de Raphaël Denys, paru en 2005 chez Gal­li­mard, col­lec­tion L’Infini.

OUVERTURE

Ami de l’auteur à l’époque, je sui­vis d’assez près le projet de sa concep­tion à sa réa­li­sa­tion. Sol­li­cité pour lire et relire, je ne fus jamais chiche de mon temps pour conseiller l’auteur afin de rendre son bouquin plus effi­cace quant au style. Jamais, parce que c’est une règle chez moi, je ne suis inter­venu sur le fond, même là où je ne par­ta­geais pas les opi­nions de mon ami. Le livre devait m’être dédié. Il ne le fut point, par « dis­trac­tion » de son auteur. Je reste néan­moins celui « sans qui ce livre n’aurait sans doute jamais existé », à en croire la dédi­cace de l’auteur sur mon exem­plaire. Et je demeure le pre­mier, sinon l’unique, à avoir défendu le livre lors de sa paru­tion, par un article élogieux dans le défunt Jour­nal de la Culture de Joseph Vebret. Or, aujourd’hui, je l’attaque… Pourquoi ?


2005 fut aussi l’année où je quit­tai la Bel­gique pour le Qué­bec, sans me dou­ter que je signais là l’arrêt de mort de ma longue ami­tié avec Raphaël Denys. Trop content sans doute de savoir à l’autre bout du monde son prin­ci­pal et très mor­dant contra­dic­teur, Raphaël Denys en pro­fita pour relan­cer notre ancien et ambi­tieux projet de revue lit­té­raire, mais en le vidant de sa sub­stance et en l’orientant vers le bas, vers la boue. Mon ex-​​ami, qui fai­sait en ma pré­sence grand cas de la lit­té­ra­ture au sens noble du terme (fond solide, forme impec­cable), retrouve dans In Situ ! des tics dont je croyais l’avoir guéri à force de remèdes et de cata­plasmes — tics au pre­mier rang desquels figure le bluff. Au sens fami­lier, le bluff est une atti­tude d’intimidation des­ti­née à trom­per quelqu’un pour l’épater ou l’impressionner. En bonne et dodue gre­nouille du bœuf Sol­lers, Raphaël Denys cherche, sous l’étiquette « lit­té­ra­ture », à vendre au public imbé­cile une mar­chan­dise qu’il sait spec­ta­cu­laire et ava­riée. La lit­té­ra­ture pour lui n’est qu’un pré­texte, un moyen de pous­ser ses pions sur l’échiquier des vani­tés. Il se moque d’elle, comme la gar­gouille accro­chée au flanc d’une cathé­drale se moque du Christ et des fidèles. 

Il m’avait échappé, lors de mes pre­mières lec­tures, à quel point Le tes­ta­ment d’Artaud était un cata­logue, l’exhaustif relevé de tares dont In Situ ! plus tard devien­dra la vitrine. Du bavar­dage, des sar­casmes, des ana­thèmes, des glous­se­ments, des jon­gle­ries, des sal­ta­tions, de très gros effets de manche et de gueule. De quoi peut-​​être effrayer un san­son­net, de quoi faire sif­fler d’admiration un serin — de quoi, plus sur­ement, éblouir quelque pin­tade éprise de sotte lit­té­ra­ture. Et tant qu’à prê­cher pour des habi­tants de volières et de bas­se­cours, l’auteur pour mieux abu­ser les pigeons revêt la défroque joyeuse et colo­rée du per­roquet, son emblème. Du psit­ta­cisme consi­déré comme un des beaux-​​arts aurait d’ailleurs pu — dû — être le titre du Tes­ta­ment d’Artaud, puisque, nous dit la qua­trième de cou­ver­ture (signée par le potache et tâche­ron D’Annibale), « ça parle comme Artaud », et « ça parle avec Artaud ».


 

Le testament d’Artaud

JE SUIS, DONC JE BLUFFE

Les dés sont pipés dès lors que le pos­tu­lat à par­tir duquel on déve­loppe une thèse repose sur des nuées mensongères.

Le pos­tu­lat de Raphaël Denys, dans son Tes­ta­ment d’Artaud ? Artaud pas lu, Artaud mal lu — et mal lu à des­sein. En somme, Artaud dirait trop de véri­tés, de trop fortes véri­tés, plus de véri­tés que ne sau­raient les ânes en sup­por­ter. Ceux qui ne lisent pas Artaud sont de facto soupçon­nés de refu­ser de le lire, par crainte d’une conta­mi­na­tion fatale (la vérité qui tue !). Raphaël Denys, qui vou­drait que nous fus­sions tous des Hei­deg­ger, des Sol­lers et des Casa­nova, ne conçoit pas un ins­tant que l’on puisse avoir dans l’existence d’autres pas­sions que la lit­té­ra­ture, que l’on puisse sur­tout ne pas connaitre Artaud, ou le connaitre de nom, de répu­ta­tion, sans avoir eu le temps encore d’en gou­ter l’âpre saveur. Lui, Raphaël Denys, dès qu’il a lu quelque chose d’un peu consis­tant, au lieu d’inciter gen­ti­ment les autres à décou­vrir le livre ou l’auteur en ques­tion, il esca­lade son Grand Che­val, l’éperonne afin qu’il hen­nisse puis­sam­ment, et galope aux trousses des sots et des bor­nés. « Artaud vous fait peur, voilà pourquoi vous ne le lisez pas ! Au seul énoncé du nom Artaud, la trouille vous fige, vos braies se rem­plissent de bran ! » — glapit-​​il. Ceux qui lisent mal Artaud le lisent mal expres­sé­ment, nan­tis qu’ils sont d’œillères et de préju­gés (Artaud dément, Artaud malade, Artaud déli­rant, Artaud copro­la­lique, Artaud camé, Artaud retors, Artaud mar­teau, etc.).

Artaud pas lu ? Artaud mal lu ? Nulle démons­tra­tion ne vient à l’appui des asser­tions de l’auteur. Affir­ma­tion tota­le­ment gra­tuite donc, qu’un bref son­dage anéan­tit. Artaud doit être lu, selon Raphaël Denys, dans une pers­pec­tive post­mé­ta­phy­sique. Il ne sau­rait être ques­tion de lire Artaud autre­ment. Bref, pour lire et com­prendre Artaud, pour com­prendre de quoi il est vrai­ment ques­tion chez lui, il faut avoir au moins lu et bien lu Hei­deg­ger. Et pour com­prendre Hei­deg­ger… Lire et com­prendre Artaud comme il faut exige donc du lec­teur une science rien moins que pro­di­gieuse. On devine que les imbé­ciles alpha­bé­ti­sés, c’est-à-dire vous et moi, s’ils sont capables de lire Artaud, ne peuvent péné­trer le sens pro­fond de sa parole, faute à la fois de culture et d’un regard adéquat. Artaud, pour être com­pris, doit être lu comme le der­nier poète et le pre­mier pro­phète d’un monde dont Hei­deg­ger a évacué toute méta­phy­sique. Que reste-​​t-​​il alors ? Rien. Quelque chose. Tout. Une parole. Un cri. Au com­men­ce­ment était le Verbe… À la fin, donc au début d’autre chose, est le dis­cours copro­la­lique, le vagis­se­ment plu­riel des limbes, la plainte ner­veuse d’un embryon, la fibril­la­tion d’un ecto­plasme ! Plus de ques­tions à résoudre — mais que de réponses à assé­ner encore ! Tout a été dit et redit, sucé et resucé, Dieu est mort et la tech­nique pro­li­fère, sans âme, sans façon, sans che­mise ni pan­ta­lon ! On attend donc le silence, enfin ! Hélas ! la place n’a été net­toyée que pour y déver­ser le vomi d’une parole surincarnée.

Artaud n’est cer­tai­ne­ment pas un écri­vain lim­pide et repo­sant. On ne demande pas non plus aux écri­vains d’être toujours lim­pides, s’ils traitent de sujets dif­fi­ciles comme l’être, la vie, la mort, le néant, la conscience, l’âme, Dieu, etc. Ils peuvent s’efforcer de l’être, grâce au style, parce qu’ils répugnent à écrire noir sur noir, parce qu’au sein du fatras méta­phy­sique ils ont repéré quelque chose de peut-​​être inédit, de voilé, de rare, d’oublié, et qu’ils pré­fèrent déga­ger de sa gangue ce frag­ment plu­tôt que de bras­ser l’univers avec la pré­ten­tion de tout remettre en ordre. Pas­cal Qui­gnard est l’un de ces orpailleurs en appa­rence oiseux.

Si on ne demande tout de même pas aux écri­vains de nous ras­su­rer, on peut sou­hai­ter au moins qu’ils nous diver­tissent. On se doute que pour le pen­seur à front de tau­reau, l’idée seule de diver­tis­se­ment est un motif de fureur. Cherche à se diver­tir l’homme vain, de qui il ne faut rien attendre, puisqu’il ne pense pas. Qu’est-ce qu’un diver­tis­se­ment ? Un passe-​​temps agréable. Se diver­tir n’est pas s’étourdir. S’il en est, et de nom­breux, que de « sots » loi­sirs diver­tissent, comme le foot­ball, les séries télé­vi­sées, le jar­di­nage, la pêche, le cirque, d’autres, non moins nom­breux, se diver­tissent des sou­cis de l’existence par le loi­sir intel­li­gent, ce que les anciens appe­laient otium, par oppo­si­tion au nego­tium (nec otium), soit le tra­vail, condi­tion sine qua non de l’otium.

C’est le lot com­mun de l’humanité depuis les cavernes. Pour un peu de loi­sir il faut beau­coup de tra­vail, et de tra­vail sou­vent pénible. Au bout, mon loi­sir gagné, je l’utilise comme bon me semble, puisque je suis libre. Je n’ai pas envie de gâcher mon maigre loi­sir en éplu­chant ma pauvre cer­velle, en sou­met­tant mon unique et très pré­cieux neu­rone à la ques­tion. Le pro­blème de gens comme Raphaël Denys, qui sont au vrai de véri­tables tyrans, c’est qu’ils vivent dans un otium per­pé­tuel, en para­sites de la gent labo­rieuse. Ils ont le temps, eux, puisque les autres tra­vaillent à leur place, de lire et de pen­ser et de médi­ter… et de nous jeter à la figure ensuite que nous sommes de misé­rables bœufs, de mono­tones mou­tons, d’écervelés moi­neaux, de piètres pen­seurs. Si j’avoue, naïf que je suis, que je lis Artaud pour me diver­tir, nul doute que je m’attire les foudres et les sar­casmes de mon pen­seur à front ridé par les sou­cis méta­phy­siques. Je ne suis pas loin alors d’être la très consen­tante vic­time du nihi­lisme contem­po­rain, du Spec­tacle orches­tré, rythmé, tam­bou­riné par la Société et ses mar­chands aux dents longues et nez crochus.

Si je vais me faire arra­cher une dent, ce n’est point pour me gué­rir d’un cor au pied. Si je lis Artaud, ce ne peut être pour me diver­tir. Je lis donc Artaud pour… euh… pour un tas de très nobles rai­sons. « Lesquelles, mon brave ? » Un rica­ne­ment. « Pour d’évidentes rai­sons ! » — « J’entends bien, cher ami, mais pouvez-​​vous pré­ci­ser, car ce qui est évident pour vous, qui êtes d’une intel­li­gence mani­feste, l’est moins pour moi, pauvre bau­det. » — « Il faut lire Artaud ! » — « Cer­tai­ne­ment, et je m’y apprête avec grand enthou­siasme. Pouvez-​​vous tou­te­fois me don­ner au moins une rai­son valable de le lire, que je puisse m’y plon­ger sans remords. Je ne dis­pose pas de tout mon loi­sir comme vous. Si j’aime à lire, ce n’est point pour y perdre mon pré­cieux temps. » — « Ça pense et ça parle ! » — « Eh bien, cher mon­sieur, s’il pense et parle aussi médio­cre­ment que vous, je pré­fère m’abstenir et consa­crer mon loi­sir à mon jardin. »

Scène à peine cari­ca­tu­rale. Raphaël Denys excelle dans le genre impé­rieux. Il faut lire et relire Untel, mais jamais on ne sait pourquoi. Lire Artaud est évident pour lui, parce qu’il l’a lu, mais il est inca­pable de séduire le can­di­dat à la lec­ture, serait-​​ce par la bande, dans l’espoir qu’une fois dans le pré, la vache atti­rée par la luzerne pro­mise broute aussi le trèfle plus amer qu’on désire en secret lui faire gouter.

Le livre de Raphaël Denys, du début à la fin, n’est qu’un long sar­casme acca­blant des pires maux ceux qui ne lisent pas Artaud (ceux qui refusent de le lire, faut-​​il entendre) et ceux qui le lisent mal, de biais ou super­fi­ciel­le­ment, vu qu’Artaud ne sau­rait être lu que dans une cer­taine pers­pec­tive et à par­tir d’un fonds cer­ti­fié conforme par le notaire Denys. Nous voilà donc som­més non seule­ment de lire Artaud, mais de le lire selon les direc­tives et sous le regard inami­cal de son exé­cu­teur tes­ta­men­taire. Nous ne sommes pas libres, sous peine de laz­zis, de lire Artaud comme n’importe quel autre écri­vain, sans arrière-​​pensée, par simple gout de la lec­ture, par curio­sité, pour nous diver­tir au sens de l’otium : pour le plai­sir, au moyen de l’intelligence. Nous devons lire Artaud pour notre édifi­ca­tion. Et que ça saute, bande d’abrutis !

Page 11, ligne 7 : « Oh, pour ça voui, des amis me disent, m’affirment, m’assurent, me cer­ti­fient qu’Artaud est de plus en plus lu — noyons le pois­son ! — ; comme si ma ques­tion visait à savoir si cela est lu, plu­tôt que de savoir — ô simple curio­sité ! — com­ment cela est lu ; j’entends à par­tir de quels fonds et selon quelles perspectives… »

Raphaël Denys aime se gaus­ser. « Je me gausse ! » est d’ailleurs une de ses excla­ma­tions favo­rites, ser­vie à toutes les sauces, mais pas à n’importe qui : au public, à la masse, aux ploucs, aux gens qui ne pensent pas et n’ont cure d’ailleurs de pen­ser, ayant plus utile, plus concret à faire. Raphaël Denys, qui a tout de même conscience de ses limites et de ses carences, ne se risque jamais, en pru­dent vai­ron, à moquer plus gros pois­son que lui, des fois que ledit plus gros pois­son, excédé par les sar­casmes du minus­cule vai­ron, n’ouvre sou­dain sa ter­rible gueule pour gober ce fâcheux péremptoire.

Dans l’extrait ci-​​dessus (onzième page du livre, mais pre­mière du Tes­ta­ment d’Artaud), on voit à l’œuvre d’emblée l’une des tech­niques pré­fé­rées de Raphaël Denys, emprun­tée d’ailleurs à Debord relayé par Sol­lers : le sar­casme gloussé. Le « noyons le pois­son ! » isolé en incise est le glous­se­ment carac­té­ris­tique de l’initié, jamais dupe des cou­leuvres qu’on cherche à lui faire ava­ler — sauf que les cou­leuvres sont ici de toute évidence des cou­leuvres de car­ton, inven­tées et convoquées pour la cause. On ne peut bien sûr pas, non pré­tendre, mais sim­ple­ment et sin­cè­re­ment pen­ser qu’Artaud est de plus en plus lu, sans être soupçonné de vou­loir noyer le pois­son. Dans l’esprit déci­dé­ment retors de Raphaël Denys, Artaud est peu lu, et mal — volon­tai­re­ment. Nous ne lisons pas, ou mal, Artaud, pour mieux le cen­su­rer, car nous savons évidem­ment que la parole d’Artaud n’est point un dic­tame, mais un acide sus­cep­tible de cor­ro­der dans les os nos tranquilles convic­tions de spec­ta­teurs hébé­tés. Nous ne sommes pas, et vou­lons conti­nuer à n’être pas, à jouir de notre néant en cadence et en rond. We are not men, we are des veaux.

N’en déplaise à notre bon maitre, Artaud est davan­tage lu qu’à son époque. S’il est mieux lu, je n’en sais rien, et cela m’importe peu. La peste soit des direc­teurs de conscience avec leurs mots d’ordre et ana­thèmes ! Lire atten­ti­ve­ment un auteur, soit — mais mieux ? Mieux que l’annuaire télé­pho­nique ? Mieux que faire se peut ? Lire Artaud, comme d’autres, les cen­tu­ries de Nostra­da­mus, pour y détec­ter les pré­mices pro­phé­ti­sées du Spec­tacle ambiant, du nihi­lisme contem­po­rain, d’évènements marquants de ce siècle impur ? Lire Artaud pour mau­dire plus encore notre sin­gu­lière époque et demeu­rer là, l’air à la fois caus­tique et rigo­lard : « Artaud l’avait bien dit ! » ?

Je compte à mon actif des cen­taines d’heures de dis­cus­sions sur la lit­té­ra­ture et ses annexes avec toutes sortes de gens (dont le tiers au moins avec Raphaël Denys). Chaque fois qu’il a été ques­tion d’Artaud, je n’ai jamais vu aucun de mes inter­lo­cu­teurs blê­mir ni affi­cher un air dégouté ou dédai­gneux, au contraire. Artaud intrigue, Artaud attire, Artaud fas­cine. Si les écri­vains sont des oiseaux, Artaud, dans l’esprit du public, est plus proche de l’épervier que de l’alouette. Nul ne consi­dère Artaud comme un minus. Et pour ma part, si je le trouve à bien des endroits déli­rant, je lui recon­nais de puis­sants éclats et des ful­gu­rances inouïes. Je vois Artaud comme un colosse, une sorte de Pro­mé­thée aux pieds d’argile et à l’anus pourri. La sin­gu­la­rité d’Artaud ne fait aucun doute, l’on ne sau­rait sans se cou­vrir de ridi­cule pré­tendre régler son cas par le diag­nos­tic psy­chia­trique. C’est à la lit­té­ra­ture et non à la psy­chia­trie qu’il revient de juger ce patient tur­bu­lent. Au moins, là-​​dessus, je suis d’accord avec Raphaël Denys. Là où je le suis beau­coup moins, c’est quand, tout à la fin, Artaud nous est, sans iro­nie, pré­senté comme ayant atteint la « suprême santé », au point d’en mou­rir pré­ma­tu­ré­ment, comme Mozart, Bau­de­laire, Ner­val, Nietzsche, Lau­tréa­mont, Rim­baud, « morts devant et par la volonté sourde de la masse envieuse » ! Je n’invente rien, c’est à la page 164 du Tes­ta­ment d’Artaud. Non sans stu­peur, nous appre­nons ainsi dans le même mou­ve­ment que les troubles men­taux dus aux mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles comme la syphi­lis, aux excès de drogues en tous genres (alcool, opium, lau­da­num, peyotl, poé­sie) sont les signes et les preuves à la fois du génie poé­tique et de la suprême santé. Et si la nou­velle ne nous achève pas, il nous reste à apprendre que c’est nous, « la masse envieuse », qui avons tué ces déli­cats génies, par notre seule volonté ! Cinquante-​​sept ans après les faits et au terme d’une minu­tieuse enquête menée par le com­mis­saire Denys, voici le crime élucidé ! Artaud, qui en savait trop, a donc été éliminé. Et nous sommes ses assas­sins. Autant le dire tout de suite, sans préju­dice des aveux que feraient mes innom­brables com­plices : je plaide cou­pable ! Le 4 mars 1948 au matin, à Ivry, j’ai achevé le poète Anto­nin Artaud d’un coup de sa propre savate après lui avoir fait ingur­gi­ter un fla­con de chloral.


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