Texte publié pour la première fois le 18 octobre 2007 sur Opus XVII v1.

CETTE NOTE est à mettre en relation avec le point 3.11 (ajouté ce jour) de ma note Sous le pavé le plagiat ?
Désolé, bergère Alina Reyes… Vous aimez les moutons, même muets, plus que vous ne le pensez — ces douces, paisibles et affables bestioles qui viennent brouter dans votre main une herbe si tendre et fraiche ! Vous n’aimez pas les loups en vérité, sinon les loups de papier, qui ne mordent pas. Vous êtes, je crois bien (on vous l’a reproché), idéaliste. La nature, d’accord, mais sans les ronces, sans les orties, sans les remous du marigot, sans les espèces qui piquent, pincent, griffent, mordent, happent, soufflent, rotent, ruent, puent. Vous n’aimez la nature que propre, polie, aimable et toute bruissante du gazouillis des elfes. Werther le soupirant, au pied de son arbre, rêvait comme vous d’une nature débarrassée des fauves, de la vermine, des poisons — une nature idéalisée, bienveillante, accorte sous son plafond de nuages roses en tutu.
Je me suis surpris l’autre jour à penser que vous souffriez peut-être, à l’égard de votre tortionnaire, le pourtant bien fade et incolore Haenel, du fameux syndrome de Stockholm. En somme, si les médias parlaient davantage de votre bouquin et un peu moins peut-être de celui de Haenel, vous ne trouveriez rien à redire. Vous l’écrivez vous-même d’ailleurs quelque part sur votre blog. Vrai ou faux ? Dans le titre même de votre premier article sur l’affaire, vous dénoncez l’omertà et ne parlez que plus loin du plag… du pillage, pardon. Pour vous, c’est donc l’omertà imposée sur votre bouquin qui s’avère le plus choquant. Libre à vous, bien sûr, d’enfiler le jupon (l’accessoire) par-dessus la robe (le principal). Concevez que cela puisse me surprendre, moi et d’autres, qui sait.
Syndrome de Stockholm, disais-je. Vos mails à Haenel, ceux du tout début du moins… Les découvrant, un mot m’est venu à la bouche : minauderies. Ce n’est pas un gros mot. J’ai même dit à ma femme quelque chose comme : « Ça fleure tout de même un peu la romance. » Et elle de me lancer un sec : « Pas du tout ! » qui me laissa perplexe une demi-seconde. Le « mouton muet » vous broute trois doigts et vous le rassurez : « Mais je vous aime beaucoup, vous et Meyronnis… » Et Sollers aussi, bien sûr, que vous aimez, lui, très fort. Doivent bien rire, rue Sébastien-Bottin… Je le vois d’ici, le Sollers, et l’autre demi-matou qui ronronne à ses pieds : « Merci, oh merci, Maitre ! » Vous donnez cent preuves que ces soudards vous ont violée et vous restez bien calme, je trouve. Votre gentillesse, pardonnez-moi, confine à l’ingénuité. J’avais pourtant cru comprendre que vous aviez souffert, au point de tout fermer, site et blog — au point même de tuer Alina Reyes pour redevenir simplement Aline Nardone, comme à l’état-civil. Imaginez-vous Jules Romains signant désormais ses livres Farigoule, ou Jean Tenenbaum réenregistrant Potemkine ? Vous sortez donc, après de longs et douloureux mois, comme d’un hôpital où vous avez failli crever, de Forêt profonde. Vous êtes, croit-on, guérie. Et voici que dans le parking même de l’hôpital, deux brutes avinées vous sautent dessus, vous violent, et… et… vous n’êtes pas si fâchée que ça, dans le fond, vous êtes seulement déçue que les gazettes n’en parlent pas ! Encore un peu et vous excusez vos agresseurs ! J’exagère, oui — mais tant que ça ?
Il me semble que si on me faisait ce coup-là, c’est à coups redoublés de batte de base-ball dans les roustons que je règlerais l’affaire, au lieu de gémir un tout petit peu, avec trois larmes à l’œil pour ressembler à ces misérables portraits d’enfants tristes qui décorent les manteaux de cheminées chez les paysans. Vous n’êtes pas méchante, je l’ai compris. On peut n’être pas méchant et le devenir avec la plus grande légitimité, selon la nature de l’offense, du crime dont on est la victime. Et, me semble-t-il, ce que Haenel vous a pris, c’est pire que son pucelage pour une gamine violée. Est-il un pire crime, pour un écrivain, que d’être violé psychiquement ? Qu’espérez-vous ? Régler ça à l’amiable ? Vous avez l’air d’attendre encore, et toujours, que Haenel reconnaisse enfin son forfait et bafouille une excuse — ou peut-être que Sollers, magnanime, le cœur fendu par vos douces et tièdes larmes, commande à ses amis trois jolis articles sur votre bouquin dans les gazettes où le potentat des lettres a ses entrées ?
Asensio et moi avons été les premiers à prendre fait et cause pour vous et à nous démener de sorte que l’affaire soit connue du plus grand nombre. Je vous ai consacré un premier article, puis un second, enfin un troisième, très long, en guise de récapitulatif et de synthèse, qui m’a couté des heures de travail. Je n’attendais pas spécialement que vous me récompensiez par un os. Vous m’avez remercié ici même à diverses reprises et j’étais content, comme d’un devoir accompli. Là-dessus vous commencez, sur votre blog, à remercier chaleureusement vos soutiens, des soutiens que je trouve, pardonnez-moi, bien peu bruyants, surtout comparés au mien, à celui de Juan : cinq ou dix lignes de réconfort par blog, pas davantage. Je commence à me poser des questions, naturellement. Qu’ai-je fait ou n’ai-je pas bien fait pour mériter cette ignorance au gout prononcé de dédain ? Je me dis : « Voilà. Comme je n’ai rien lu d’elle et que je ne suis donc pas suspect de l’admirer comme Dominique Autié ou le libraire Castelneau, je n’existe pas pour elle. » Tant pis, ma foi !… sauf que je déteste par-dessus tout consacrer des heures de peine pour défendre quelqu’un qui ne m’en sait pas gré. Je vous écris donc pour vous faire part de mon étonnement. Et vous me répondez quoi ? Que vous n’êtes pas bien sûr que je veuille vraiment défendre votre cause, que mon attitude est ambigüe, que j’ai mis des liens qui desservaient votre cause… Stupeur de ma part, et tremblements ! Vous ne semblez pas croire possible qu’on puisse ne pas être un lecteur de vos mirifiques œuvres et prendre à cœur votre affaire. Je me démène un peu trop à vos yeux pour être vraiment sincère. Et pourtant, ma chère… Voici ce que j’écrivais au Stalker : « Que l’accusé soit le poulain de Sollers n’est évidemment pas étranger à mon activisme, mais j’aurais agi de même si elle avait accusé le pape de lui avoir volé les motifs d’une encyclique. Bordel ! C’est une question de principe et voilà tout. Qu’elle soit femme, nègre ou youpin n’entre pas en considération. Ses arguments m’ont tout simplement convaincu. »
Que vous dire de plus ? Peut-être pensez-vous que je cherche à faire reluire mon nom à la lumière du vôtre. Je vous le dis tout net : si mon nom doit reluire un jour, ce sera pour l’avoir astiqué tout seul. Je ne me plains pas d’être inconnu, puisque je ne fais rien, strictement rien, pour être connu. Quant à mon blog, je me fiche pas mal de son audience. Si je voulais « booster » son audience, je serais plus régulier dans mes notes (je peux rester deux mois sans rien écrire, et vous savez que c’est mortel pour un blog) ou je l’inscrirais partout où c’est possible. Si je me suis étonné que vous n’ayez pas jugé nécessaire de « linker » mes articles, ce n’est donc pas par déception de blogueur délaissé, c’est par réaction d’homme secourable rebuté par la personne qu’il estimait de son devoir de secourir. Si je dois prendre des coups de parapluie sur la gueule de la part de la vieille dame que j’aide à se relever après une cabriole sur le trottoir, étonnez-vous que la prochaine fois je passe mon chemin…
Je vous ai écris le 17 au matin un second mail demeuré vierge de toute réponse. Je pensais pourtant que vous haïssiez les lettres mortes. S’agissant de MA correspondance privée, et comme je ne révèle rien qui puisse vous nuire, je le donne ici pour couper cours à toute éventuelle rumeur que je serais un agent double, un infiltré du gang sollersien.
Je ne suis pas assis bien haut, mais là, j’en tombe le cul par terre… Ambigu, moi ? Vous faire justice, c’est vous aider à confondre le plagiaire, non ? Est-ce ce qu’ont fait Dominique Autié ou Castelneau le libraire ? Ils n’ont fait que vous appuyer, l’un par amitié, l’autre par estime littéraire. Moi, je le fais gratuitement, sans rien penser de vous sur aucun plan, ni en bien, ni en mal, si ce n’est que je vous crois quand vous accusez Haenel, parce que je vous « sens » honnête (question d’instinct aussi). Mais soit, si vous préférez la blanche solitude…
Où voyez-vous que j’ai mis des liens qui pouvaient vous desservir ? J’ai mis des liens vers des sites qui parlent de l’affaire, pour informer le lecteur. C’est tout de même assez curieux que vos détracteurs soient tous issus de la presse de gauche très favorable à Sollers (Nouvels Obs, Le Monde, Courrier International). Cela tend à démontrer l’omertà que vous dénoncez, et dont je suis convaincu pour ma part. Il me semble que si on veut bien faire confiance aux lecteurs neutres et intelligents, ceux-ci comprendront tout de suite que cette affaire pue le complot, que vous n’êtes évidemment pas la has been aigrie, jalouse, que voient en vous les Assouline et autres sagouins. En fait, mon tort dans cette affaire, à vos yeux, est de n’être pas un de vos lecteurs, soit un partisan d’Alina Reyes, quoi qu’elle écrive, chante ou danse.
Pour mon montage, c’est ironique, voyons ! Le gars pompe chez vous tous ses motifs ou peu s’en faut, si bien que vous êtes, à votre corps défendant, un peu l’auteur de Cercle. Il faut voir ce montage comme une caricature, avec tout ce que la chose comprend d’exagéré. Personne ne croit évidemment que vous puissiez prétendre à être effectivement l’auteur de Cercle, chose que vous ne revendiquez bien sûr pas.
Je ne vous en veux pas. N’empêche que je suis assez vexé de me voir taxé d’ambigüité. Pour une fois que je défends au lieu d’attaquer…
Seule ou non, je vous souhaite de l’emporter… au Paradis, bien sûr !
Quand on ne répond pas à une question que je pose, je m’en pose tout de suite d’autres. J’ai eu beau refaire le tour du propriétaire, je n’ai pas trouvé un lien qui puisse desservir votre cause. Mon ambigüité, je la cherche partout et point ne la trouve. Donc, c’est autre chose. Une méfiance politique, peut-être ? Nous n’appartenons pas au même bord politique, je le sais. Ne le saurais-je pas que ce simple article de votre plume me l’apprendrait. Vous êtes de gauche, voire un peu plus à gauche que ça, et moi de cette droite évidemment « dure » que vous haïssez de toutes vos fibres. Cela ne me dérange pas, que vous préfériez Besancenot à… disons de Villiers. Vous, par contre, cela semble considérablement vous déranger qu’un facho (ben oui, à droite, c’est des fachos) vole gratuitement au secours d’une écolo-bobo poignardée par les siens. Voilà pourquoi vous êtes méfiante à mon égard, voilà pourquoi vous me trouvez ambigu. Banco, non ? Dites… Si un jour un malfrat (basané peut-être, car ça arrive) cherche à vous piquer votre sac (avec dedans le manuscrit terminé de Yannick m’a piller !), vous prendrez sa défense contre le sale flic de droite qui volera à votre secours ?
Tags de cet article : Alina Reyes, Plagiat, Yannick Haenel


Aucun commentaire dans " Désolé, bergère… "
S'abonner au flux rss ou faire un Trackback