(Première partie)
IL Y A CECI d’extraordinaire avec les gens de gauche qu’ils ne doutent jamais de leurs idées. Ils ne comprennent pas, parce qu’ils ne le peuvent pas, ne se remettant jamais en question, que l’on puisse être de droite sans être pour autant un abruti, un beauf et tout ce qu’on voudra dans le genre sous-développé. Ils n’ont que le mot tolérance à la bouche, mais ils ne tolèrent dans les faits que leurs amis politiques. Le reste, ce sont des chiens, des pédophiles ou des Nazis frustrés. Un grattage de rien du tout à la surface de leur très sensible épiderme prouve régulièrement qu’ils ne supportent le débat d’idées qu’entre eux, et sur des points de détail. Pour eux, l’immigration même massive est un bien et cela ne se discute pas. On voudrait bien savoir pourquoi c’est un bien, surtout quand cette immigration montre des signes de faible intégration, de violence ou de revendications sans contrepartie. On ne le saura pas. C’est un bien et basta ! Prétendre débattre d’un tel sujet, ô combien sensible pourtant, c’est se placer sur le terrain de l’extrême droite, c’est faire son lit. On évacue donc la discussion. Qui a l’outrecuidance d’insister sur la nécessité d’un débat se voit décorer des plus belles fleurs de la lancinante rhétorique de gauche : fascisme… nauséabond… heures sombres de notre histoire… Pétain, etc. Il y a comme ça des dizaines de sujets qu’il est préférable d’éviter si l’on ne tient pas à devenir le putois de la belle et parfumée assemblée : l’immigration, l’islam, les États-Unis, les homosexuels, le pape, l’autorité, la police, les Juifs…
À moins que d’être né dans une famille très ancrée à droite, qui n’a pas été, adolescent, jeune homme, naturellement de gauche ? Naturellement, parce que le jeune est tout entier tourné vers l’avenir, lui qui n’a pas encore de mémoire, à défaut de passé, de vécu. À 47 ans, je ne rêve pas d’en avoir 50. Ça viendra, mais je ne suis pas pressé. À 15 ans, on rêve d’en avoir 18 pour être majeur, donc libéré de la tutelle parentale, et pour passer le permis de conduire. À 18 ans, si on poursuit ses études au-delà du Bac, on a hâte de les achever pour entrer dans la vie active, décrocher le job de rêve, gagner confortablement sa vie, s’acheter une maison, fonder une famille, bref : s’installer, autrement dit durer. C’est alors que le temps vous rattrape, et la réalité. Vous avez 30 ans et vous voici devenu ce que vous exécriez au temps de l’acné : un bourgeois. Si vous êtes une mule de gauche, vous nierez bien entendu être un bourgeois. Ou si vous l’admettez du bout des lèvres, vous vous empresserez d’ajouter qu’en fait, si votre train de vie est celui d’un bourgeois totalement décomplexé, vous êtes un rebelle. Ouais, mon vieux. Un rebelle. Et vous l’êtes la plupart du temps à bas prix. Vous êtes un rebelle parce que vous avez l’indignation facile contre les mêmes crevures que toujours : Sarkozy, le CAC 40, le Vatican, la police, Israël, etc. Vous signez volontiers des pétitions en faveur des sans-papiers (vous n’aimez pas le mot clandestin), des sans-abris (vous n’aimez pas le mot vagabond), de Cesare Battisti (vous n’aimez pas le mot assassin), contre le Nabot (vous n’aimez pas l’expression le président de la République), contre la répression policière (vous n’aimez pas l’expression maintien de l’ordre public) ; vous êtes de toutes les manifestations « citoyennes », de toutes les marches blanches et de celles aux couleurs plus irisées de l’arc-en-ciel, et vous êtes de toutes les fêtes avec ballons multicolores, chars chamarrés, sono fracassante. Un rebelle pur et dur, quoi ! Autour de vous, sauf vos amis, que des moutons, quelques porcs, des beaufs, des cons, une armée de fachos. Vous ignorez à quel point vous êtes prévisible et conformiste.
Lorsqu’on rêve de s’émanciper de la tutelle familiale et éducative, on déteste évidemment l’autorité, dont la première de toutes, celle du père (vous ne savez pas encore que vous serez sans doute un père moins accommodant que le vôtre), ce père qui vous aime mais ne semble pas vouloir que vous grandissiez, du moins pas si vite, si bien qu’il vous humilie sans le vouloir, en vous regardant comme un enfant alors que vous avez quatre poils au menton depuis hier, que votre voix ressemble à celle d’un vilain canard, que vous vous êtes foulé le poignet à force de… hum. Et s’il vous humilie, même involontairement, c’est parce qu’il vous déteste, c’est parce qu’il se déteste en vous, c’est parce qu’il a sur vous du pouvoir (vous n’aimez pas le mot responsabilité) et forcément en abuse (vous reconnaitrez à 35 ans que votre père a été le meilleur père du monde). Vous haïssez aussi vos profs qui prétendent vous mettre dans le crâne des valeurs rétrogrades (vous n’aimez pas le mot savoir) dont vous n’aurez jamais besoin (mais à 40 ans, sur votre blog, vous publierez un émouvant billet sur M. Charlier, votre prof de français en sixième, un type bien, un peu sévère, mais juste, un poil autoritaire, mais rien d’excessif, et surtout, alors que ça vous faisait tellement chier à l’époque, il avait cet amour bizarre, parce que désuet, pour sa langue qu’il révérait et dont il s’échinait, le pauvre, à vous faire aimer les subtilités — vous préfériez alors le mot complication —, non pour vous tourmenter, par sadisme, mais pour former votre esprit à la critique, aux nuances langagières, à la sensibilité, toutes choses au final essentielles et grâce auxquelles vous êtes à présent un homme libre, au lieu d’être un citoyen vigilant, soit un délateur en puissance, un collabo tout entier requis par son obsession du monde tel qu’il le rêve, duquel serait banni tout qui ne pense pas comme lui dans le sens du Bon, du Bien, du Juste, de l’Équitable et autres fantasmes majusculaires). Oh ! je ne vous fais pas le reproche de vouloir bien faire, de désirer très fort réduire les injustices, de rétablir un peu d’humanité et de poésie dans ce monde de banquiers sans scrupules, de traders fous, de boursicoteurs frénétiques, de commerçants avides, de pollueurs, d’exploiteurs des ressources humaines et naturelles (sinon, je suis de votre côté, sauf que je vous déteste). Je vous fais le reproche de vouloir à toute force que la réalité épouse vos désirs, alors que, si, adulte, j’ai compris quelque chose de la vie, c’est que la dominait irréductiblement un principe duquel j’ai appris à tenir compte toujours, même quand cela me contrarie : la réalité, votre chère ennemie. Je compose avec la réalité, non contre elle. Elle peut certes m’agacer jusqu’au point d’ébullition, mais je ne la nie jamais. Je parle de la réalité dans les faits, et de l’homme dans sa nature. Il n’existe pas « d’homme bon par nature » et que la société aurait corrompu. La société a ses travers, mais c’est elle qui nous civilise. Un homme seul, sorti de la société, même né bon, c’est un sauvage ; il n’est pas méchant, mais cruel. Il ne connait pas la pitié, l’altruisme, la camaraderie ; s’il vous croise dans son bois, il n’aura de politesse à votre égard que celle de vous chasser (au mieux), de vous tuer (au pire) à des fins gastronomiques s’il n’a pas appris à chasser (et qui le lui aurait appris, avec un père fonctionnaire ?). Je plains les hommes, globalement médiocres, collectivement sots, voire mauvais — mais j’en suis un et je ne nie pas le fond de ma propre nature. Et si je rêve aussi parfois d’une humanité moins brutale et plus modeste, je ne pousse pas jusqu’au cauchemar de la vouloir sous la forme ailée des anges. Aux anges je préfère les barbares ; aux moutons, les loups ; aux poètes lyriques, les guerriers ; aux voyous, les flics ; à l’étranger, mon compatriote — sans que cela veuille dire que je sois xénophobe (je vis à l’étranger, et ma tant chère femme est du pays où je vis). Vous n’aimez dans l’humanité que son bon côté, quand elle opine comme vous. Je l’aime pour son ambivalence. L’ambivalence est une richesse, un tout. Vous n’acceptez pas l’homme tel qu’il est pourtant. Vous souhaitez l’appauvrir en l’amputant de ses gangrènes. Voilà ce qui nous différencie, et c’est ainsi que je ne puis être de gauche, bien que je sois progressiste socialement, et peut-être davantage que vous, puisque j’ai toujours su rester pauvre.
Notre adolescent, notre jeune homme déteste donc naturellement toute forme d’autorité, tout pouvoir (tout pouvoir est pour lui un abus de pouvoir). Les patrons ne sont pas des responsables ni des gérants d’entreprises, mais des exploiteurs éhontés. Les juges et le pouvoir politique marchent main dans la main, même quand ils s’opposent. Ne parlons pas du pouvoir spirituel, surtout s’il émane de Rome : un syndicat de défense des prêtres pédophiles, un lobby pour la propagation du sida. Les policiers ne sauraient prétendre à maintenir l’ordre public, vu qu’ils sont eux-mêmes des fauteurs de troubles ; et des racistes, toujours (sauf l’inspecteur N’Guma). Tous des Tontons Macoutes, au vrai. Ces hargnes mal articulées contre l’autorité (autorité n’est pas un gros mot, pas plus que père, professeur, patron, député, juge, prêtre ou policier) cachent en fait, plutôt mal, une souffrance : celle de n’être qu’un fils, un élève, un employé, un administré, un prévenu, etc., dans un monde où chacun rêve d’exercer son propre pouvoir, à petite ou grande échelle. Notre adolescent rage de n’avoir que bien peu de droits pour beaucoup de devoirs, mais dès qu’il est en mesure de commander à son tour, il ordonnera, et il faudra qu’on lui obéisse, sous peine de punition. La première victime de ce « martyr » devenant « bourreau » sera souvent son jeune frère, un plus faible que lui, une quelconque fille un peu rétive à son art malhabile de séduire ( «Viens me sucer, connasse ! »). S’il pousse son nouveau vice jusqu’à la tyrannie, il s’exonèrera de toute responsabilité (et donc, de tout pardon) en se désignant lui-même comme une victime (de son père, de son prof, du curé violeur de son enfance, de son patron, du flic qui, alors qu’il ne faisait que…, etc.). Une victime, n’est-ce pas, ça n’a que des droits. Venant d’une victime, tout mal est moindre, tout péché véniel. À ce tarif-là, il faut excuser Hitler et accabler ceux qui ne virent en lui qu’un peintre médiocre. Avoir souffert, souffrir, n’est en aucun cas une raison. C’est d’intelligence que le monde a besoin, non de compassion envers les sempiternels grincheux à qui la vie semble ne jamais sourire, parce qu’il est plus confortable d’être plaints que d’agir.
Nous sommes bien là dans une vision gauchie de la société : une société uniquement composée d’oppresseurs et d’opprimés, de riches et de pauvres, d’exploiteurs et d’exploités, de loups et d’agneaux, etc. Comme s’il n’y avait dans la vie que des géants et des nains ! Comme s’il n’existait pas d’hommes de taille moyenne, d’ouvriers épanouis, de patrons bienveillants, de juges intègres, de politiciens honnêtes, de policiers prévenants !
Le jeune homme, qui vient d’arriver sur Terre et dont la mémoire se borne à trois souvenirs vieux du mois passé, est pressé d’étreindre l’avenir ; il est optimiste et arrogant. Le passé, tout ce qui date d’avant lui, doit disparaitre. Les vieux (pour un gamin, je suis un vieux) doivent s’effacer, se taire ; au mieux ils radotent, au pire ils déconnent. Ils sont ringards et rétrogrades, nous gonflent avec leurs souvenirs du temps de Mathusalem et leurs constants rappels du « bon vieux temps », à quoi ils opposent une défiance à peu près totale de l’avenir et de la nouveauté. Pour un jeune homme (le mien est un peu caricatural, j’en conviens, mais il n’est de portrait vrai que légèrement forcé), le monde d’avant sa naissance ne fait pas partie de son histoire, et les leçons que ses parents en tirent ne sont pas pertinentes pour lui — inutile donc de le bassiner avec des « conneries » d’un autre âge. La nostalgie ne l’atteint pas, ni l’ennui. Un rien le divertit, il court au plus futile. Sa vie n’est tellement rien encore qu’il la risque volontiers, et risque parfois celles des autres, par ivresse juvénile.
Notre sémillant jeune homme est sympathique et tolérant. N’ayant connu d’époques que celle qu’il vit présentement, il ne peut comparer hier et aujourd’hui pour se livrer à la réflexion que, décidément, le monde a bien changé, en pire ; tout va plus vite, trop vite — tellement vite qu’on peine à suivre. On construisait jadis pour des centaines d’années ; on ne construit plus que de hideux et très éphémères bâtiments sans âme, purement fonctionnels. Les hommes jadis se saluaient ; ils se bousculent et s’invectivent, pour des queues de cerises. Les femmes jadis ne nous jetaient pas comme désormais leurs sexes à la figure ; elles étaient modestes et prudentes, on les respectait pour ça. Un téléphone ne vibrait pas toutes les trente secondes sur la table de notre voisin au restaurant, un restaurant où nous pouvions après le repas fumer cigarette, cigare ou pipe sans le tourment d’offrir ce faisant à nos voisins, pour les dix générations à venir, un bataillon de cancers et de mômes prématurés ; itou dans les trains, les bureaux, jusqu’aux couloirs des hôpitaux. Nous regardions les petites filles avec un peu de concupiscence parfois, au lieu d’éviter à tout prix, comme maintenant, de croiser leurs regards, des fois que la folie les prendrait de voir en nous un pédophile et de le crier bien fort, à cause d’un bref sourire que nous lui aurions adressé, tant nous la trouvons charmante, sous le rapport de l’enfance ET de la féminité déjà si présente. Nous avons même connu le temps des voitures sans ceintures de sécurité, c’est dire si nous datons ! La télévision existait, en noir et blanc, puis en couleurs ; les animateurs manquaient bien un peu de charisme, ils ne riaient guère, mais ils ne parlaient point pour ne rien dire et demeuraient courtois, sans se croire tenus d’agresser leurs interlocuteurs à coups de questions oiseuses, voire indiscrètes, voire indécentes ; ils étaient des employés du service public, non des stars à la tête, à 35 ans, de boites de production employant quarante personnes, avec des salaires à côté desquels ceux des ministres (le summum de la richesse, de mon temps) semblent aussi dérisoires que les cinq sous abandonnés par une vieille dame dans la sébile d’un nécessiteux du voisinage. Et tant de choses qui furent, qui nous furent familières, avec lesquelles nous avons grandi, et que le progrès nous a volées. Nous ne les regrettons pas forcément, mais elles nous manquent, comme les cheveux lorsque nous les avons perdus, sans lesquels nous pouvons vivre toutefois. Elles nous manquent, parce qu’elles étaient de notre temps et que nous étions du leur ; elles ne nous ont jamais paru étranges. Étranges à notre regard, et suspects, tous ces objets nouveaux que la publicité nous vante et qui encombrent le monde sans rien apporter à l’âme humaine, qui ne sont d’ailleurs nouveaux, la plupart du temps, que sur le plan des formes, et dont nous nous passerions sans peine, dont nous nous lassons vite, comme d’une cigarette après trois bouffées. Ce monde de formes et de couleurs sans cesse mouvantes est source d’angoisse pour qui cherche non plus l’agitation et la distraction, mais la tranquillité et la concentration, voire le recueillement.
Tout ça pour dire ceci, que s’il est naturel d’aimer à vingt ans le mouvement, le bruit, la distraction, la nouveauté, le progrès dans les mœurs (je n’associe que malaisément la notion de mœurs avec celle de progrès, mais enfin…), la technique omniprésente et tous ces bidules qui émerveillent la jeunesse et flattent sa vanité, s’il est naturel d’être à vingt ans de gauche, c’est-à-dire de croire en la perfectibilité des hommes, de penser dur comme fer que l’Histoire a un sens — il est naturel aussi, l’âge venant, de ne plus ajouter foi à ces calembredaines et de virer réactionnaire, par soudaine allergie à une modernité qui nous insulte chaque jour en nous faisant sentir à quel point nous sommes des caves. Nous suivons le mouvement, nous accrochons jusqu’à un certain point, avant de tout lâcher pour nous concentrer sur l’essentiel, parce que le temps nous file entre les pattes, parce que nous n’avons que trop perdu d’heures à bavasser de rien avec personne, à nous occuper des affaires d’autrui, à nous indigner en pure perte contre les mêmes salades que toujours, à courir aux culs de toutes les filles, à récolter les tempêtes dont nous avons semé les vents. Nous ne sommes pas fatigués de vivre, bien au contraire. Nous avons pleinement conscience que notre vie, qui vous parait si misérable (écouter Purcell deux heures durant, faut-il être ringard !), est une belle et précieuse — et unique ! — chose, si bien que nous ne la risquons plus stupidement pour épater les copains et copines ; nous sommes plus attentifs à notre santé, tant physique que morale et intellectuelle, au point d’écarter sans barguigner toute nuisance réelle ou supposée (la publicité, un mauvais livre, une piètre émission, une femme sans tête — dût son corps être le rêve d’un sculpteur antique —, les ragots et les gugusses, les gens qui tournent autour du pot pour finalement accoucher d’une rumeur, les bavards férus de psychologie lacanienne et ceux qui bandent en relisant Heidegger, les moucherons bonimenteurs, les costumiers d’opérette et les forains disgraciés, les démarcheurs à domicile, les enfants, les Belges et autres calamités à deux, trois ou quatre pattes). Nous voulions tout, à vingt ans ; nous ne voulons plus qu’une chose vingt ans plus tard : qu’on cesse de nous emmerder, qu’on nous foute la paix.
Tags de cet article : droite, gauche, gauchisme



13 commentaires dans " 1.Ils sont tellement de gauche ! "
S'abonner au flux rss ou faire un TrackbackBonjour Igor et merci.
Dommage qu’on ne puisse mettre un pouce, comme sur FaceBook… mais enfin… le coeur y est ! Et tout à trac j’appose les quelques idées désarticulées que me fait naître votre article.
Il y a une rassurance évidente à ne plus se sentir isolé dans ses affects ou dans ses cheminements de pensée, dés lors que ceux-ci traversent le cerveau d’un autre à des milliers de kilomètres de distance…
Je ne suis ni ne serai jamais écrivain, c’est-à-dire que jamais je n’aurai la patience d’affronter toutes les “turpitudes” carriéristes (dont vous faites état dans l’article sur Alpozzo) plus ou moins liées à ce métier. Encore moins la patience de l’apprendre. ou plutôt de le réapprendre en le poussant aussi loin que mes humanités le permettent.
Dois-je le regretter ? Certes non. L’écriture est la voie royale de l’expression humaine et mis-à-part quelque Facteur Cheval de retour (dont il est impossible de dissocier l’oeuvre et les mots dont il a tartiné ses édifices)*, tôt repéré par les surréalistes, rien ne subsiste de l’amateur éclairé, autrement dit du lecteur, du spectateur. C’est son grand désespoir et sa grande force en même temps. Car l’amateur, le lecteur lambda, se fond dans la toile de l’histoire. Il n’est rien, ne représente rien, ne fait pas de bruit et ne laissera strictement aucune trace.
Cette solitude incarnée, assumée, revendiquée est d’ailleurs mon unique “cheval” de bataille, mon émerveillement, ma source métaphysique unique et perpétuellement jaillissante. L’anonymat, le néant de l’individu considéré comme tel me permettent de réviser, à la baisse parfois, à la hausse souvent, tout ce que j’ai appris depuis mon incarnation anonyme sur terre. Sans la moindre délectation, ni la moindre morosité.
Le gauche m’emmerde à présent. Le camp du bien qui étend chaque jour son empire (anti-sarkoziste en France) m’exaspère, prompt à abandonner ses propres acquis, pour peu que ce Président (dont le principal défaut est d’avoir une inculture époustouflante…) en fasse l’éloge (démagogique ou pas, mais maladroite à coup sûr, car je le soupçonne parfois de sincérité…).
Je n’irai quand-même pas épouser les vues de Muray. Pas à ce point. Car quoi qu’il en ait dit, je reste totalement libre de mes pensées et de mes actions, et me réjouit à chaque minute de cette incroyable chance de vivre notre aujourd’hui. Il n’empêche que ce bel aujourd’hui m’apparait de plus en plus comme une transition, une sorte d’accouchement plus ou moins douloureux d’un lendemain qui viendra forcément où nul ne sera plus athée ni croyant, ou ce clivage (toujours réel quoi qu’on en pense) sera dépassé. Un paradigme s’annonce et peut-être même mieux encore : une absence de paradigme clairement assumée. Il faut s’aveugler pour n’en point discerner les prémisses chez un Cendrars par exemple, qui m’a toujours fasciné et me tient compagnie depuis bientôt trente ans et envers lequel nos littérateurs actuels ne sont guère révérants… (encore que je me sois réjoui, il y a peu, de voir son nom apparaître sur un post d’Asensio)
Bref, bref, tout cela étant vaguement énoncé… la question qui vient au clavier est donc la suivante : on n’est ni trop vieux, ni trop cons, on fait quoi maintenant ? Rien sans doute, mais à force de chercher je vais finir par trouver.
*(Les surréalistes ont d’ailleurs commis la faute publicitaire de s’approprier ce Facteur Cheval en question. Il suffit pour s’en convaincre de visiter son “Palais Idéal”, pas très loin de chez moi : on y découvre une âme profondément religieuse, entièrement tourné vers le divin et sa transcendance. Ce que se sont bien gardés de signaler Breton et ses suivants. Une religiosité par delà les religions en des temps où, pourtant, les antagonismes étaient portés au rouge. Mais je pourrais vous parler de ce Facteur pendant des heures…)
Quel rapport me direz-vous avec votre article. Aucun si ce n’est que mon cheminement est strictement identique au vôtre.
Sarkozy, c’est « l’homme pressé » de Morand appliqué à la politique. L’histoire finit abruptement… Oui, curieux bonhomme, tellement excitant d’un côté, tellement irritant de l’autre. Habile, très habile, et maladroit, par excitation peut-être, ce qui fait très adolescent. Inculte, on dirait, en effet. Comme vous, je le crois sincère la plupart du temps (en dehors des coups politiques, qui sont de bonne guerre, comme le débauchage de personnalités de gauche). C’est un séducteur, une sorte de grand gamin qui a besoin sinon d’être aimé, d’être approuvé, encouragé. On ne saura pas tout de suite s’il aura été un bon président. Il n’aura pas été le pire de toute façon. Qu’on ne l’aime pas, je le conçois. Mais cette haine chez beaucoup… ! Surtout qu’il est assez loin de sa caricature en épouvantail qui allait jeter dehors une moitié de la France. C’est un sentimental frénétique, un ludion amoureux.
C’est simple au fond… Pas de complot intergalactique, pas d’Illuminati, rien de sérieux à se mettre sous la dent autre que l’ambition minimale de l’homme politique lambda, assorti des variantes habituelles et des cris d’orfraie médiatiques… De Gaulle, Pompidou (mon préféré), Giscard, même combat.
… et le plus fort c’est qu’il gêne dix fois plus la droite que la gauche ! Pensez ! Il n’est pas issu du cENAcle. C’est un type autoritaire, calculateur, ordinaire quoi, le seul qui ait été capable d’emmener la droite au pouvoir et auquel ils doivent donc pratiquement tout. Ce qui a le souverain don d’agacer.
Quant aux personnalités de gauche, et non des moindres, qu’il a pu débaucher, je me mets deux secondes à leur place et plutôt qu’attendre probablement 7 ans sans rien faire que supporter l’ineptie des discours poitevins, j’en aurai sûrement fait tout autant… Ne trouvez-vous pas ?
Des remarques aussi anodines que celles-là ont profondément choqué mon entourage au point où certains amis de gauche, considérant que j’avais basculé dans le camp du mal, m’ont carrément frappé d’ostracisme. Balayés la sympathie et les services rendus. Envolées les quarante années de vie commune. Pfuitt. Fin de l’encamaradement.
L’état moral de la France qui boit et des Français qui trinquent est assez similaire à ce qu’il était dans les années 70 à 80. Dix ans plus tard, en 88, nous réélisions en fanfare, celui et ceux qui, censés nous en débarrasser, nous avaient généreusement octroyé, à grands coups de dogmatisme post-soviétique, 1 million de chômeurs supplémentaires, et le coq gaulois, dont on sait qu’il chante les deux pieds dans la merde, n’a jamais clamé sa joie aussi haut…
Je profite de ce post pour vous remercier également de votre article sur le féminisme. Ma grand-mère était Présidente des femmes françaises dans les années 30 et je l’ai retrouvée dans Suzanne Lilar. Encore une chance ratée pour la France qui perd ses guerres depuis près d’un siècle et demi…
J’ai donc un peu tendance, ainsi que je vous le disais, à réviser mon Histoire de France à la baisse et à rendre à Dieu ce qui est à Dieu, à la hausse !
Bon, ben… la suite quoi ! C’est terrible, chez vous, ce côté “série de TF1”…
Ah, je ne sais pas si vous avez suivi l’affaire, mais Catherine et moi envisageons d’adopter le jeune Roman Bernard (Criticus) et de débarquer tous les trois à Joliette…
Réponse à Mr Ygor YANKA.
La différente fondamentale de la gauche et la droite. A gauche c’est la recherche du bien être de tous sans aucune exploitation individuel avec toutes les erreurs qu’elle peu commettre
La droite dont vous faite partie est l’exploitation au maximum des humains, des ressources naturelles à outrance, sans vous soucier des gens.
Votre histoire est de même conception que vos croyances, vous êtes les plus beaux et les plus forts et que le reste crèv…………
Vous n’avez aucune conscience humaine, aucun respect de l’autre, vous faite partie de ces personnes qui ont un rejet viscérale contre tout ce qui n’est pas comme vous.
Je suppose que vous dormez bien et sans remord, que vous vous sentez bien quand vous allez implorer votre dieu.
C’est exactement ce que cherche à dire Yanka. Vous croyez que tout est beau et parfait chez vous, et vous déniez tout droit de s’exprimer à l’autre. Vos intentions sont bonnes, bien sûr. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Vous pouvez croire le monde idéal, libre à vous. Mais laissez nous libre d’être heureux comme nous le voulons, de penser ce qui n’est “pas bien”. Pour finir, ne vous inquiétez pas, je ne veux pas vous exploiter.
“avec toutes les erreurs qu’elle peut commettre”
@Maurice
100 millions de morts, au bas mot, en 90 ans. Ca, c’est de l’erreur. Il n’y a que l’intention qui compte, c’était pour leur bien.
Je préfère être, comme notre hôte, un exploiteur sans scrupules participant à l’effort d’amélioration du monde. Les pyramides, Versailles et les cathédrales sont de droite. Le Lao Gaï est de gauche.
Ma parole, mais M. Matagne est un troll ?!
Certes fort bien écrit, votre billet n’en est pas moins caricatural — peut-être était-ce le ton recherché…
Vous reprochez aux “gens de gauche” de généraliser en mettant les “gens de droite” dans le même panier mais vous faites exactement la même chose tout au long de votre développement.
Mais je vous rejoins je crois, si j’ai bien lu entre les lignes, sur un point : les gens de droite s’accommodent de la réalité quand ceux de gauche veulent la changer. Pour une raison bien simple : sont de droite ceux qui bénéficient des choses telles qu’elles sont, du monde tel qu’il est, de la réalité. D’ailleurs, on les appelle souvent “conservateurs”, ils ne veulent pas que cela change (sauf quand la “gauche” est au pouvoir, et là ils deviennent “réactionnaires”). Et sont de gauche les faibles, les exploités, les opprimés. Forcément, eux, quel que soit leur âge, aimeraient bien que la roue tourne. Par parenthèse, cela explique pourquoi le PS n’est plus un parti de “gauche” car composé de bourgeois très heureux de leurs situations socio-professionnelles.
Car si l’on creuse par-delà vos clichés (vous me pardonnerez car je suis bien certain que vous en avez conscience), ce qui différencie la droite de la gauche, et là je ne mets plus de guillemets, c’est l’idée de la justice (ou de l’équité, comme vous voulez), transcendante pour les uns (Dieu, la Nature, la Réalité, la Naissance, etc.), à inventer parmi les hommes pour les autres. De fait, les hommes ne sont pas égaux; la droite en prend acte et cela justifie pour elle les inégalités sociales, qui dont la reproduction est dès lors justifiée par cet état naturel (l’adjectif préféré de Chirac, faut-il le rappeler, l’adverbe qu’il utilisait le plus était… “naturellement”!) La gauche dit : “il faut faire quelque chose”, et l’histoire montre qu’elle s’y est souvent fort mal pris…
Mais plutôt que de guéguerrer sur d’imaginaires lignes de fracture, affrontons-nous plutôt sur le terrain des valeurs : lesquelles doivent soutenir la société dans laquelle nous voulons vivre? Le politique devrait être ce champ de batailles là. Après, je pense que nous serons d’accord pour trouver plus de panache et d’intelligence dans un rot de Jaurès que chez Balkany, dans un silence de Maurras que dans toute l’oeuvre de Peillon…
Bonjour, et bonne année,
Droite, gauche, identité nationale : je m’en fous.
Droite : je m’en fous pas. Gauche : non plus.
Bon mot, belles phrases, malhonnêteté intellectuelle : trop bourré, et trop honnête, pour m’y soumettre.
Juste une chose : évitons de faire un concours d’ego sur ce genre de sujets. Le plus fort sera celui qui a raison.
Oui, l’histoire est bien belle quand ça nous arrange : ceci s’est passé, vous voulez ceci, vous avez tort. Non, cela ne s’est jamais passé, ou bien c’est que du passé, et c’est ainsi, vous avez tort.
Alors oui, la vilaine gauche : Hitler, Lénine, Staline (et dire que y en a qui disent non, les cons)
Alors non, le vilain capitalisme : et les idéaux, et la liberté, et l’égalité, et le mérite, et la diversité? Votez Sego, votez son ex, votez son pote, mais votez à gauche (et dire que y en a qui votent oui, les pauvres. Sans parler des pauv’cons qui votent à droite)
Alors quoi? Juste un truc : pas rabaisser les idées et les faits à son ptit ego de merde (et on nommera personne, ils répondront que s’ils ont raison, les cons!)
Et encore un, juste un truc : les faits, simplement les faits, “sabre au clair”. Un grand économiste disait, y a plus d’un an, dans un débat régional sur France 3, disait ceci : notre siècle connaît, et connaîtra sûrement encore (pessimisme lucide oblige), un génocide sourd : la faim. Pas la famine, non non, la faim. Vous voulez du fait, on vous dit pas la famine, mais la faim. Et pourquoi? Parce qu’on n’est pas dans les famines d’autrefois, les vraies famines, où la productivité et les moyens de produire étaient insuffisants, et bien sûr en tout et pour tout, aux gants de soie de ceux qui possédaient le pouvoir, le pouvoir des mains sales des pauvres, le droit divin de la naissance d’être mieux né ou quoi, de nourrir tout le monde, ou personne d’autre, selon les caprices de dame nature. Donc beaucoup de gens mourraient de faim. On le sait, on l’a tous avalé en cours, c’est marqué, des preuves existent, des chiffres et tout, mais on s’en fout, on le sait.
Maintenant, ON A LES MOYENS de nourrir tout le monde. C’est un FAIT : ON A LES MOYENS. C’est un FAIT (dixit cet économiste, qui n’avait pas été contredit, ni par le couillon de droite, ni par le couillon de gauche, encore moins même, avantage pour lui, il dormira tranquille après avoir bien réveillonné)
Aujourd’hui donc, je le répète car visiblement on n’a pas tous entendu le discours, aujourd’hui donc, et depuis au moins avant-hier, on a les MOYENS de nourrir la Terre entière. Et on ne le fait pas. Parce que, parce que (selon qu’on préfère se donner bonne conscience ou non, on est de droite ou de gauche, mais dans les deux cas, coupables d’échec) Et je vous demande de compter tous ces morts, toutes ces vies, ces non-vies, qu’on aurait pu sauver, qu’on pourrait sauver. Je vous demande de compter tous ces “non morts” qu’on pourra (?) empêcher, en les nourrissant. Mais qui ça intéresse? On s’en fout, les enfants, y zont le kwachiorkor. On le sait. On l’apprend dans les pays du nord, en fac de médecine, après on devient médecin et on vaccine contre la grippe A les ptits bobo à la con, si rationnalistes quand il s’agit de critiquer le terrorisme du métro dans leur taxi. On l’apprend en cours de svt en 3ième, dans la partie nutrition, ça fait une photo, UNE SEULE ET PAUVRE photo, alors oui, bien moins bandante que toutes ces pouf sur facebook, qui se feraient volontiers engrosser par le premier, ou le dernier trou du cul venu, selon qu’elles sont nées belles ou pas belles. J’aime ça, j’aime pas ça, au choix. Mais tout ça, on s’en fout. Mais y meurent ces gens-là. Y meurent doublement, parce qu’ils ont pas d’histoire, ils n’en auront pas eue. Ils sont hors de l’histoire. Alors oui, c’est si facile de dire, pour faire son malin, que Hitler, de dire que Staline, de dire que la gauche, quand on est de droite, de dire que la droite, quand on est de gauche. Ce qu’il faut, c’est un monde-nation, pas un monde de nationalismes (cf l’histoire…stressssssss. Argument bidon? Ok, cf le présent, cf l’avenir, ce qui nous attend…stresssssssss) Un monde-nation, pourra être et demeurer capitaliste. Seulement y aura une autorité et une cohérence mondialisée, politiquement. Les transactions financières des grands pdg, no problem, y aurait pas de génies sans des crétins, ouais no problem, on prélève le ptit pourcentage Tobin (cf prix Nobel, qui fait mieux ici?…ok, merci), nécessaire à nourrir la Terre entière, les plus pauvres.
Ca vaut le coup, car on peut le faire. On pourrait le faire. On en a les MOYENS. Alors arrêtez les chiffres, quand on aime on ne compte pas. Et quand on n’aime pas, raison de plus. Le problème n’est pas que politique, il est moral. On donne pas ce qu’on a de trop, on donne ce qu’on peut donner, et on peut donner.
Largement,
MF
PS : l’économiste, c’était Stiegler je crois, mais sous réserve, et peu importe. Si je l’oublie, il a sa postérité assurée le mec, il restera. Parce qu’il a raison : il s’en foutait de plaire à la gauche comme à la droite, y avait de la sincérité et du calme dans cet homme, qui était un vieil homme, je l’ai senti profondément sincère, je l’ai vu respecté de tous ceux qu’ils ne défendaient même pas. Donc voilà!
Excellente démonstration, au verbe léger et magnifique.
Par ailleurs, je voulais vous remercier pour avoir cité mon blog dans vos liens.
Je rajouterais que j’ai personnellement suivi le même chemin que le “jeune con” décrit dans l’article : éduqué dans une famille social-démocrate, par les Minikeums, le journal de 20 heures et mes profs de gauche, j’ai compris en me cultivant et en vivant qu’il n’y avait rien de plus ridicule et conformiste que la “gauche”, et que ceux qui s’en revendiquaient étaient des flans sans âme, ou des bigorneaux au QI d’asperge.