Courageuse, Nancy Huston ! Du courage, en effet, il lui en a fallu pour se mettre à écrire Professeurs de désespoir (publié en 2004 chez Actes Sud / Leméac), salubre entreprise de mise à blanc des noires forêts du néant où sévissent les maitres européens du désespoir, ainsi que leurs affidés. Nancy Huston sait de quoi elle parle pour avoir subi leur influence et s’en être tirée. Moi-même, et contre ma nature, j’ai aussi longtemps été retenu entre les mâchoires de leurs pièges, et j’en garde des séquelles : le soupçon du néant, le sentiment, parfois vif, que l’existence est un leurre absolu, que nous n’existons que pour souffrir et faire souffrir, qu’il eût mieux valu ne point naitre, que tout est comédie, farce lugubre, infection, que Dieu, au lieu d’être mort, n’a jamais existé, ce qui annihile toute morale et me donne licence de tuer si je le désire – et je le désire parfois, tant je bous de n’être que ça, une poussière, un crachat, un étron.
Si j’exagère ? Un peu. Je parle d’états d’âme, d’idées qui me traversent à l’occasion, violentes, que je laisse passer toutefois, sans leur prêter plus d’attention que ça, pour éviter qu’elles ne dégazent en moi.


